CHAPITRE VI
D’un État despotique , en cas pareil.
Ce que je viens de dire est encore plus indispensable dans l’État despotique. Le seigneur, qui
1 Plutarque
intitutions là-
2 C est ce qui fit faire à Charlemagne ses belles dessus. (Voyez le liv. V des Capitul. art. 303.)
3 Cela se pratique ainsi en Allemagne.
Des tributs , dans les pays où l’esclavage de la glèbe n’est point établi.
Lorsque dans un État tous les particuliers sont citoyens , que chacun y possède par son domaine ce que le prince y possède par son empire , on peut mettre des impôts sur les personnes , sur les terres , ou sur les marchandises ; sur deux de ces choses , ou sur les trois ensemble.
Dans l’impôt delà personne, la proportion injuste serait celle qui suivrait exactement la proportion des biens. On avait divisé à Athènes 1 les citoyens en quatre classes. Ceux qui retiraient de leurs biens cinq cents mesures de fruits liquides ou secs payaient au public un talent ; ceux qui en retiraient trois cents mesures devaient un demitalent ; ceux qui avaient deux cents mesures payaient dix mines , ou la sixième partie d’un talent; ceux de la quatrième classe ne donnaient rien 2. La taxe était juste, quoiqu’elle ne fût point proportionnelle : si elle ne suivait pas la proportion des biens , elle suivait la proportion des besoins. On jugea que chacun avait un nécessaire physique égal ; que ce nécessaire physique ne devait point être taxé ; que l’utile venait ensuite , et qu’il devait être taxé, mais moins que le superflus que la grandeur de la taxe sur le superflu empêchait le superflu.
Dans la taxe sur les terres, on fait des rôles où l’on met les diverses classes de fonds. Mais il est très-difficile de connaître ces différences , et encore plus de trouver des gens qui ne soient point intéressés à les méconnaître. Il y a donc là deux sortes d’injustices : l’injustice de l’homme, et l’in justice de la chose. Mais si en général la taxe n’est point excessive, si on laisse au peuple un néces-
1 Pollux , liv. VIII , chap. x, art. 130.
2 Cette quatrième classe était composée de mercenaires qui ne possédaient rien. (P.)