‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 481 sur 1159 · A PITRE XVII · texte numérisé non relu

A PITRE XVII

obéi , aurait été coupable ; celui qui ne l’aurait point empêché de se tuer lui-même aurait été puni x. Si un maître avait été tué dans un voyage, on faisait mourir 2 ceux qui étaient restés avec lui , et ceux qui s’étaient enfuis. Toutes ces lois avaient lieu contre ceux mêmes dont l’innocence était prouvée. Elles avaient pour objet de donner aux esclaves , pour leur maître, un respect prodigieux. Elles n’étaient pas dépendantes du gouvernement civil , mais d’un vice ou d’une imperfection du gouvernement civil. Elles ne dérivaient point de l’équité des lois civiles , puisqu’elles étaient contraires aux principes des lois civiles. Elles étaient proprement fondées sur le principe de la guerre, à cela près que c’était dans le sein de l’État qu’étaient les ennemis. Le sénatus-consulte Silanien dérivait du droit des gens , qui veut qu’une société, même imparfaite , se conserve.

C’est un malheur du gouvernement lorsque la magistrature se voit contrainte de faire ainsi des lois cruelles. C’est parce qu’on a rendu l’obéissance difficile que l’on est obligé d’aggraver la peine de la désobéissance, ou de soupçonner la fidélité. Un législateur prudent prévient le malheur de devenir un législateur terrible. C’est parce que les esclaves ne purent avoir, chez les Romains , de confiance dans la loi, que la loi ne put avoir de confiance en eux.

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