‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 582 sur 1159 · LIVRE XX, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE XX, CHAPITRE VI

De plus , les grandes entreprises des négociants sont toujours nécessairement mêlées avec les affaires publiques. Mais, dans les monarchies, les affaires publiques sont , la plupart du temps , aussi suspectes aux marchands qu’elles leur paraissent sûres dans les États républicains. Les grandes entreprises de commerce ne sont donc pas pour les monarchies , mais pour le gouvernement de plusieurs.

En un mot, une plus grande certitude de sa propriété , que l’on croit avoir dans ces États , fait tout entreprendre , et , parce qu’on croit être sûr de ce que l’on a acquis ? on ose l’exposer pour acquérir davantage; on ne court de risque que sur les moyens d’acquérir : or, les hommes espèrent beaucoup de leur fortune.

Je ne veux pas dire qu’il y ait aucune monarchie qui soit totalement exclue du commerce d’économie; mais elle y est moins portée par sa nature. Je ne veux pas dire que les républiques que nous connaissons soient entièrement privées du commerce de luxe ; mais il a moins de rapport à leur constitution.

Quant à l’État despotique, il est inutile d’en parler. Règle générale : dans une nation qui est dans la servitude, on travaille plus à conserver qu’à acquérir ; dans une nation libre , on travaille plus à acquérir qu’à conserver.

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