‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 620 sur 1159 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

tendait les sons de divers instruments de musique, et qu’on voyait partout des feux les uns plus grands* les autres moindres r. Nos relations confirment ceci : on y trouve que le jour ces sauvages, pour éviter l’ardeur du soleil , se retirent dans les forêts • que la nuit ils font de grands feux pour écarter les bêtes féroces, et qu’ils aiment passionnément la danse et les instruments de musique.

Hannon nous décrit un volcan avec tous les phénomènes que fait voir aujourd’hui le Vésuve; et le récit qu’il fait de ces deux femmes velues, qui se laissèrent plutôt tuer que de suivre les Carthaginois, et dont il fit porter les peaux à Carthage , n’est pas , comme on l’a dit, hors de vraisemblance.

Cette relation est d’autant plus précieuse, qu’elle est un monument punique : et c’est parce qu’elle est un monument punique , qu’elle a été regardée comme fabuleuse ; car les Romains conservèrent leur haine contre les Carthaginois, même après les avoir détruits. Mais ce ne fut que la victoire qui décida s’il fallait dire la foi 'punique , ou la foi romaine.

Des modernes 2 ont suivi ce préjugé. Que sont devenues, disent-ils , les villes qu’Hannon nous décrit, et dont , même du temps de Pline , il ne restait pas le moindre vestige? Le merveilleux serait qu’il en fût resté. Était-ce Corinthe ou Athènes qu’Hannon allait bâtir sur ces côtes ? Il laissait dans les endroits propres au commerce des familles carthaginoises ; et à la hâte, il les mettait en sûreté contre les hommes sauvages et les bêtes féroces. Les calamités des Carthaginois firent cesser la navigation d’Afrique ; il fallut bien que ces familles périssent, ou devinssent sauvages. Je dis plus : quand les ruines de ces villes subsisteraient encore , qui est-ce qui aurait été en faire la découverte dans les bois et dans les marais? On trouve pourtant, dans Scylax et dans Polybe, que les Carthaginois avaient de grands établissements sur ces côtes. Voilà les vestiges des villes d’Hannon; il n’y en a point d’autres, parce qu’à peine y en a-t-il d’autres de Carthage même.

Les Carthaginois étaient sur le chemin des richesses ; et s’ils avaient été jusqu’au quatrième degré de latitude nord , et au quinzième de longitude, iis auraient découvert la côte d’Or et les côtes voisines. Ils y auraient fait un commerce de toute

1 Pline nous dit la même chose , en parlant du mont Atlas :

« Noctibus micare crebris ignïbus , tïbiarum cantu , tympa- <c norumgue sonitu strepere , neminem interdiu cerni. »

2 M Dodwel. Voyez sa Dissertation sur le Périple d’Hannon.

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