‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 649 sur 1159 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

France me rendent même poids et même titre d’argent en Hollande, on dit que le change est au pair. Dans l’état actuel des monnaies 1 , le pair est , à peu près , à cinquante-quatre gros par écu : lorsque le change sera au-dessus de cinquante-quatre gros, on dira qu’il est haut; lorsqu’il sera au-dessous, on dira qu’il est bas.

Pour savoir, si, dans une certaine situation du change, l’État gagne ou perd, il faut le considérer comme débiteur, comme créancier, comme vendeur, comme acheteur. Lorsque le change est plus bas que le pair, il perd comme débiteur, il gagne comme créancier ; il perd comme acheteur, il gagne comme vendeur. On sent bien qu’il perd comme débiteur : par exemple , la France devant à la Hollande un certain nombre de gros , moins son écu vaudra de gros, plus il lui faudra d’écus pour payer; au contraire , si la France est créancière d’un certain nombre de gros, moins chaque écu vaudra de gros, plus elle recevra d’écus. L’État perd encore comme acheteur; car il faut toujours le même nombre de gros pour acheter la même quantité de marchandises; et, lorsque le change baisse, chaque écu de France donne moins de gros. Par la même raison, l’État gagne comme vendeur; je vends ma marchandise en Hollande le même nombre de gros que je la vendais : j’aurai donc plus d’écus en France , lorsque avec cinquante gros je me procurerai un écu , que lorsqu’il m’en faudra cinquante-quatre pour avoir ce même écu ; le contraire de tout ceci arrivera à l’autre État. Si la Hollande doit un certain nombre d’écus , elle gagnera ; et , si on lui doit , elle perdra; si elle vend, elle perdra; si elle achète, elle gagnera.

Il faut pourtant suivre ceci : lorsque le change est au-dessous du pair, par exemple , s’il est à cinquante au lieu d’être à cinquante-quatre , il devrait arriver que la France , envoyant par le change cinquante-quatre mille écus en Hollande, n’achèterait de marchandises que pour cinquante mille; et que, d’un autre côté , la Hollande envoyant la valeur de cinquante mille écus en France , en achèterait pour cinquante-quatre mille : ce qui ferait une différence de huit cinquante-quatrièmes , c’est-à-dire de plus d’un septième de perte pour la France; de sorte qu’il faudrait envoyer en Hollande un septième de plus en argent ou en marchandises qu’on ne faisait lorsque le change était au pair ; et le mal augmentant toujours, parce qu’une pareille dette ferait encore diminuer le change, la France serait à la fin

1 En 1744.

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