‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 70 sur 1159 · LETTRE LXX · texte numérisé non relu

LETTRE LXX

ZÉLIS A USBEK

A Paris.

Soliman , que tu aimes , est désespéré d’un affront qu’il vient de recevoir. Un jeune étourdi , nommé Suphis , recherchait depuis trois mois sa fille en mariage : il paraissait content de la figure de la fille sur le rapport et la peinture que lui en avaient faits les femmes qui l’avaient vue dans son enfance ; on était convenu de la dot, et tout s’était passé sans aucun incident. Hier, après les premières cérémonies , la fille sortit à cheval , accompagnée de son eunuque , et couverte , selon la coutume, depuis la tête jusqu’aux pieds. Mais, dès qu’elle fut arrivée devant la maison de son mari prétendu, il lui fit fermer la porte , et il jura qu’il ne la recevrait jamais si on n’augmentait la dot. Les parents accoururent , de côté et d’autre , pour accommoder l’affaire ; et , après bien de la résistance, ils firent convenir Soliman de faire un petit présent à son gendre. Enfin , les cérémonies du mariage accomplies , on conduisit la fille dans le lit avec assez de violence; mais une heure après cet étourdi se leva furieux , lui coupa le visage en plusieurs endroits, soutenant qu’elle n’était pas vierge , et la renvoya à son père. On ne peut pas être plus frappé qu’il l’est de cette injure. 11 y a des personnes qui soutiennent que cette fille est innocente. Les pères sont bien malheureux d’être exposés à de tels affronts ! Si pareil traitement arri-

1 Tous les éditeurs modernes mettent ici cent tomans. Nous soupçonnons bien le motif de cette correction ; mais nous avons préféré conserver le texte de Montesquieu. (P.)

2 Dans les premières éditions , cette lettrp se termine ici. Les réflexions qui suivent ne se trouvent que dans le supplément de 1754. (P.)

LETTRES PERSANES

vait à ma fille je crois que j’en mourrais de douleur. Adieu.

Du sérail de Falmé , le 9 de la lune de Gemmadi I, 1714.

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