‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 708 sur 1159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Autre paradoxe de Bayle.

M. Bayle, après avoir insulté toutes les religions, flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeraient pas un État qui pût subsister. Pourquoi non? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs, et qui auraient un très-grand zèle pour les remplir; ils sentiraient très-bien les droits de la défense naturelle : plus ils croiraient devoir à la religion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme , bien gravés dans le cœur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces vertus humaines des républiques , et cette crainte servile des États despotiques x.

1 Cette religion, que, dans la vivacité de sa jeunesse et dans la politique légère de son premier ouvrage, Montesquieu avait

trop peu respectée, partout dans l 'Esprit des Lois il la célèbre et la révère. C’est que maintenant il veut construire l’édilice social, et qu il a besoin d’une colonne pour le soutenir. Sa pensée s est agrandie comme sa tâche : s’il combat le sophisme d’un incrédule fameux, la calomnie qu’il repousse avant toutes les autres , c est 1 idée qur la religion chrétienne n’est pas propre à former des citoyens. Il croyait au contraire qu’elle était particulièrement la protectrice des monarchies tempérées ; U la conee-

j II est étonnant qu’on puisse imputer à ce grand | homme d’avoir méconnu l’esprit de sa propre religion; qu’il n’ait pas su distinguer les ordres pour l’établissement du christianisme d’avec le christianisme même, ni les préceptes de l’Évangile d’avec ses conseils. Lorsque le législateur, au heu de donner des lois, a donné des conseils, c’est qu’il a vu que ses conseils, s’ils étaient ordonnés comme des lois, seraient contraires à l’esprit de ses lois.

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