‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 750 sur 1159 · LIVRE XXVI, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI, CHAPITRE III

Des lois civiles qui sont contraires à la loi naturelle.

« Si un esclave, dit Platon, se défend , et tue un « homme libre , il doit être traité comme un parricide x. » Voilà une loi civile qui punit la défense naturelle.

La loi qui, sous Henri VIII, condamnait un homme sans que les témoins lui eussent été confrontés , était contraire à la défense naturelle : en effet, pour qu’on puisse condamner, il faut bien que les témoins sachent que l’homme contre qui ils déposent est celui que l’on accuse , et que celui-ci puisse dire : Ce n’est pas moi dont vous parlez.

La loi , passée sous le même règne , qui condamnait toute fille qui , ayant e > un mauvais commerce avec quelqu’un, ne le déclarerait point au roi , avant de l’épouser, violait la défense de la pudeur naturelle : il est aussi déraisonnable d’exiger d’une fille qu’elle fasse cette déclaration , que de demander d’un homme qu’i 1 ne cherche pas à défendre sa vie.

La loi d’Henri II, qui condamne à mort une fille dont l’enfant a péri , en cas qu’elle n’ait point déclaré au magistrat sa grossesse, n’est pas moins contraire à la défense naturelle. Il suffisait de l’obliger d’en instruire une de ses plus proches parentes , qui veillât à la conservation de l’enfant.

Quel autre aveu pourrait-elle faire dans ce supplice de la pudeur naturelle? L’éducation a augmenté en elle l’idée de la conservation de cette pudeur ; et à peine , dans ces moments , est-il resté en elle une idée de la perte de la vie.

On a beaucoup parlé d’une loi d’Angleterre qui permettait à une fille de sept ans de se choisir un mari1 2. Cette loi était révoltante de deux manières : elle n’avait aucun égard au temps de la maturité que la nature a donné à l’esprit , ni au temps de la maturité qu’elle a donné au corps.

Un père pouvait, chez les Romains, obliger sa fille à répudier son mari , quoiqu’il eût lui-même consenti au mariage 3 *. Mais il est contre la nature que le divorce soit mis entre les mains d’un tiers.

Si le divorce est conforme à la nature , il ne l’est que lorsque les deux parties, ou au moins une

1 Liv. IX des Lois.

* M. Bayle , dans sa Critique de V Histoire du calvinisme , parle de cette loi , page 293.

3 Voyez la loi 5, au code de Repudiis et Judicio de mori-

huüublato.

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