USBEK AU PREMIER EUNUQUE NOIR
A son sérail d’Ispahan.
Tu es le gardien fidèle des plus belles femmes de Perse ; je t’ai confié ce que j’avais dans le monde de
1 Fatime, fille de Mahomet.
2 Les Persans comptent le temps par années lunaires , qu’ils divisent en douze lunes ou mois, savoir : — 1 0 Maharram , mois sacré, pendant lequel ils s’abstiennent de toute hostilité pour vaquer aux travaux de l’agriculture et aux soins du bétail ; — 2° Saphar, ndois de guerre ; — 3° Rebiab premier, et 4° Rebiab second, mois où la campagne reverdit ; — 5° Gemmadi premier, et 6° Gemmadi second , mois de la gelée ; •— 7° Regeb , mois de jeûne ; — 8° Chahban , mois de la dispersion ; c’est à cette époque que les Arabes se séparent pour aller chercher les pâturages ; — 9° Rhamazan, mois bénit : c’est un temps de jeûne et de continence pour tous les mahométans ; — io° Chai val, mois de l’accouplement des chamaux; — II0 Zilcadé, second mois sacré; — 12° enfin Zilhagé, mois du départ pour le pèlerinage.
Ils divisent encore l’année en quatre saisons , dans l’ordre suivant : L’été , le premier printemps , l’hiver, et le second printemps. (P.)
LETTRES PERSANES
plus cher : tu tiens en tes mains les clefs de ces portes fatales qui ne s’ouvrent que pour moi. Tandis que tu veilles sur ce dépôt précieux de mon cœur, il se repose et jouit d’une sécurité entière. Tu fais la garde dans le silence de la nuit comme dans le tumulte du jour. Tes soins infatigables soutiennent la vertu lorsqu’elle chancelle. Si les femmes que tu gardes voulaient sortir de leur devoir, tu leur en ferais perdre l’espérance. Tu es le fléau du vice et la colonne de la fidélité.
Tu leur commandes et leur obéis. Tu exécutes aveuglément toutes leurs volontés, et leur fais exécuter de même les lois du sérail; tu trouves de la gloire à leur rendre les services les plus vils ; tu te soumets avec respect et avec crainte à leurs ordres légitimes ; tu les sers comme l’esclave de leurs esclaves. Mais, par un retour d’empire, tu commandes en maître comme moi-même , quand tu crains le relâchement des lois , de la pudeur et de la modestie.
Souviens-toi toujours du néant d’où je t’ai fait sortir, lorsque tu étais le dernier de mes esclaves , pour te mettre en cette place et te confier les délices de mon cœur : tiens-toi dans un profond abaissement auprès de celles qui partagent mon amour ; mais fais-leur en même temps sentir leur extrême dépendance. Procure-leur tous les plaisirs qui peuvent être innocents; trompe leurs inquiétudes; amuse-les par la musique, les danses, les boissons délicieuses; persuade-leur de s’assembler souvent. Si elles veulent aller à la campagne, tu peux les y mener : mais fais faire main-basse sur tous les hommes qui se présenteront devant elles. Exhorteîes à la propreté , qui est l’image de la netteté de l’âme : parle-leur quelquefois de moi. Je voudrais les revoir dans ce lieu charmant qu’elles embellissent. Adieu.
De Tauris , le 1 8 de la lune de Saphar, 171 1.