‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 847 sur 1159 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Continuation du même sujet.

Cécilius, dans Aulu-Gelle 4, discourant sur la loi

1 En effet , la loi n’est que le supplément de la modération qui manque aux hommes. La loi a tellement besoin d’être impartiale , que le législateur lui-même doit l’être , pour ne pas laisser dans son ouvrage l’empreinte de ses passions. (M. Yillemain, Éloge de Montesquieu.)

2 Plus un gouvernement s’éloignera des partis et se rapprochera du moyen terme , plus il aura de stabilité. Plusieurs législateurs ont méconnu ce principe dans leurs constitutions de gouvernements aristocratiques. Ils ont trop donné aux riches , et trop ôté aux pauvres. Un faux bien finit par devenir un vrai mal. La prépondérance des riches a renversé plus de gouvernements que celle de la multitude. (Arist. Polit. liv. I.)

3 Bien loin que les longueurs , les dépenses , les dangers de notre justice soient le prix de notre liberté, je soutiens qu’elles sont un salaire énorme payé pour la diminuer sans cesse , et que presque toutes les lenteurs de notre justice viennent de quelque vice de nos institutions. Demandez à un plaideur d’où vient la durée de son procès : il accusera l’ignorance d’un notaire qui a fait quelque acte nul ou équivoque , l’infidélité d’un huissier qui a celé quelque acte de justice , l’avidité d’un procureur qui ne s’enrichit qu’à lui vendre les parcelles du temps, la dissipation d’un juge qui ne veut pas s’ennuyer à les lui donner, le vice de nos lois qui le renvoient, comme un ballon léger, d’un tribunal à l’autre ; et si vous lui dites alors , avec l’auteur de V Esprit des Lois: « Voilà, au juste, le prix que vous devez pour votre liberté, et les lois ne pouvaient vous la donner à moins, » ce plaideur rira ou s’indignera. (Serv.)

4 Liv. XX , chap. I

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