‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 933 sur 1159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Continuation du même sujet.

Charlemagne et ses premiers successeurs craignirent que ceux qu’ils placeraient dans des lieux éloignés ne fussent portés à la révolte; ils crurent qu’ils trouveraient plus de docilité dans les ecclésiastiques ; ainsi ils érigèrent en Allemagne un grand nombre d’évêchés , et y joignirent de grands fiefs 3. Il paraît , par quelques Chartres , que les clauses qui contenaient les prérogatives de ces fiefs n’étaient pas différentes de celles qu’on mettait ordinairement

tes jusqu’au prince, et de se rendre leur solliciteur. Qu’il est beau de voir les vertus les plus précieuses à l’humanité devenir les fonctions ordinaires d’une charge; et, par une espèce de prodige , les courtisans changés en instruments du bien public , et en ministres de la bienfaisance du prince ! » ( Observations sur l’Hist. de France, liv. II, ch. il. )

1 Voyez le capitulaire de villis, de l’an 800; son capitulaire n, de l’an 813 , art. 6 et 19 ; et le livre V des capitulaires , art. 303. — Charlemagne fit à lui seul plus de lois que n’en avaient fait tous ceux de nos souverains qui l’avaient précédé : il renouvela ce qu’il trouva de juste dans les anciens capitulaires ; il voulut perfectionner les codes ripuaire et salien ; il puisa quelquefois dans celui des Lombards ; enfin il rassembla sous ses yeux les lois saliques , romaines et bourguignones , comme pour tâcher d’en extraire des règlements qui , sans en avoir les inconvénients , en eussent toute la sagesse ; mais toujours il agit en homme capable d’administrer, plutôt qu’en législateur. (Chàbrit , de la Monarch.franç. liv. VII , ch. xvi. ) — Si quelques articles des capitulaires de Charlemagne nous paraissent aujourd’hui puérils , ne nous hâtons pas témérairement de les condamner; on les admirerait sans doute en examinant l’ensemble de la grande machine dont ils faisaient partie. Si d’autres nous paraissent et sont en effet barbares , concluons-en seulement que les Français , à peine délivrés des désordres qui avaient ruiné la famille de Clovis , formaient encore un peuple grossier, qui ne pouvait ouvrir les yeux qu’à quelques vérités. ( Mably. )

2 Capitulaire de villis, art. 39. Voyez tout ce capitulaire, qui est un chef-d’œuvre de prudence , de bonne administration et d’économie.

3 V oyez, entre autres, la fondation de l’archevêché de Brême, dans le capitulaire de 789, édit, de Baluze, pag. 245.

DE L’ESPRIT DES LOIS

dans ces concessions1 , quoiqu’on voie aujourd’hui les principaux ecclésiastiques d’Ailemagne revêtus de la puissance souveraine. Quoi qu’il en soit, c’étaient des pièces qu’ils mettaient en avant contre les Saxons. Ce qu’ils ne pouvaient attendre de l’indolence ou des négligences d’un leude, ils crurent qu’ils devaient l’attendre du zèle et de l’attention agissante d’un évêque ; outre qu’un tel vassal , bien loin de se servir contre eux des peuples assujettis, aurait au contraire besoin d’eux pour se soutenir contre ces peuples.

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