‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 960 sur 1159 · SEPTIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME OBJECTION

Elle est tirée du chapitre premier du premier livre , où l’auteur, après avoir dit que « l’homme était un être borné , » a ajouté : « Un tel être pouvait, à tous les instants, oublier son créateur; Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion. « Or, diton , quelle est cette religion dont parle l’auteur ? il parle sans doute de la religion naturelle- il ne croit donc que la religion naturelle.

RÉPONSE

Je suppose encore un moment que cette manière de raisonner soit banne ; et que , de ce que l’auteur n’aurait parlé là que de la religion naturelle, on en pût conclure qu’il ne croit que la religion naturelle , et qu’il exclut la religion révélée. Je dis que, dans cet endroit , il a parlé de la religion révélée , et non pas de la religion naturelle : car, s’il avait parlé de la religion naturelle, il serait un idiot. Ce serait comme s’il disait : Un tel être pouvait aisément oublier son créateur, c’est-à-dire la religion naturelle. Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion naturelle : de sorte que Dieu lui aurait donné la religion naturelle pour perfectionner en lui la religion naturelle. Ainsi , pour se préparer à dire des invectives à l’auteur, on commence par ôter à ses paroles le sens du monde le plus clair, pour leur donner le sens du monde le plus absurde; et, pour avoir meilleur marché de lui, on le prive du sens commun.

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