HUITIÈME OBJECTION
L’auteur a dit , en parlant de l’homme : « Un tel être pouvait à tous les instants oublier son créateur; Dieu l’a rappelé à lui parles lois de la religion : un tel être pouvait à tous les instants s’oublier lui-même; les philosophes l’ont averti par les lois de la morale : fait pour vivre dans la société, il y pouvait oublier les autres; les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques et civiles 1 . » Donc, dit le critique, selon l’auteur, le gouvernement du monde intelligent est partagé entre Dieu ,
« s philosophes et les législateurs, etc. Où lesphisî£ophes ont-ils appris les lois de la morale? où les iégislateurs ont-ils vu ce qu’il faut prescrire pour gouverner les sociétés avec équité 2 ?
1 Liv. I, chap. I.
2 Page 162 de la feuille du 9 octobre 1749
RÉPONSE
Èt cette réponse est très-aisée. Ils l’ont appris dans la révélation, s’ils ont été assez heureux pour cela; ou bien dans cette loi qui, en imprimant en nous l’idée du créateur, nous porte vers lui. L’auteur de Y Esprit des Lois a-t-il dit comme Virgile : « César partage l’empire avec Jupiter? » Dieu, qui gouverne l’univers , n’a-t-il pas donné à de certains hommes plus de lumières, à d’autres plus de puissance? Vous diriez que l’auteur a dit que, parce que Dieu a voulu que des hommes gouvernassent des hommes, il n’a plus voulu qu’ils lui obéissent, et qu’il s’est démis de l’empire qu’il avait sur eux, etc. Voilà où sont réduits ceux qui, ayant beaucoup de faiblesse pour raisonner, ont beaucoup de force pour déclamer.