NEUVIÈME OBJECTION
Le critique continue : « Remarquons encore que l’auteur, qui trouve que Dieu ne peut pas gouverner les êtres libres aussi bien que les autres , parce qu’étant libres, il faut qu’ils agissent par eux-mêmes » (je remarquerai , en passant , que l’auteur ne se sert point de cette expression , que Dieu ne peut pas ) , « ne remédie à ce désordre que par des lois qui peuvent bien montrer à l’homme ce qu’il doit faire , mais qui ne lui donnent pas de le faire : ainsi , dans le système de l’auteur, Dieu crée des êtres dont il ne peut empêcher le désordre, ni le réparer.... Aveugle , qui ne voit pas que Dieu fait ce qu’il veut de ceux mêmes qui ne font pas ce qu’il veut! »
RÉPONSE
Le critique a déjà reproché à l’auteur de n’avoir point parlé du péché originel : il le prend encore sur le fait ; il n’a point parlé de la grâce. C’est une chose triste d’avoir affaire à un homme qui censure tous les articles d’un livre , et n’a qu'une idée dominante. C’est le conte de ce curé de village, à qui des astronomes montraient la lune dans un télescope , et qui n’v voyait que son clocher.
L’auteur de Y Esprit des Lois a cru qu’il devait commencer par donner quelque idée des lois générales, et du droit de ia nature et des gens. Ce sujet était immense , et il l’a traité dans deux chapitres : il a été obligé d’omettre quantité de chose? qui appartenaient à son sujet ; à plus forte raison a-t-il omis celles qui n’y avaient point de rapport.