ERREUR PARTICULIÈRE DU CRITIQUE
On croirait que le critique a juré de n’étre jamais au fait de l’état de la question , et de n’entendre pas un seul des passages qu’il attaque. Tout le second chapitre du livre vingt-cinquième roule sur les motifs plus ou moins puissants qui attachent les hommes à la conservation de leur religion : le critique trouve dans son imagination un autre chapitre qui aurait pour sujet des motifs qui obligent les hommes à passer d’une religion dans une autre. Le premier sujet emporte un état passif; le second , un état d’action : et, appliquant sur un sujet ce que l’auteur a dit sur un autre , il déraisonne tout à son aise.
L’auteur a dit au second article du chapitre deuxième du livre vingt-cinquième : « Nous sommes extrêmement portés à l’idolâtrie, et cependant nous ne sommes pas fort attachés aux religions idolâtres ; nous ne sommes guère portés aux idées spirituelles , et cependant nous sommes très-attachés aux religions qui nous font adorer un être spirituel. Cela vient de la satisfaction que nous trouvons en nous-mêmes, d’avoir été assez intelligents pour avoir choisi une religion qui tire la divinité de l’humiliation où les autres l’avaient mise. » L’auteur n’avait fait cet article que pour expliquer pourquoi les mahométans et les juifs, qui n’ont pas les mêmes grâces que nous, sont aussi invinciblement attachés à leur religion, qu’on le sait par expérience : le critique l’entend autrement. « C’est à l’orgueil , dit-il , que l’on attribue d’avoir fait passer les hommes de l’idolâtrie à l’unité d’un Dieu x. « Mais il n’est question ici, ni dans tout le chapitre, d’aucUn passage d’une religion dans une autre : et, si un chrétien sent de la satisfaction à l’idée de la gloire et à la vue de la grandeur de Dieu , et qu’on appelle cela de l’orgueil , c’est un très-bon orgueil.