POLITIQUE DES ROMAINS
Oserai-je vous dire , Messieurs , ce que la modestie m’a fait taire jusqu’ici ? Quand je vis votre académie naissante s’élever si heureusement, je sentis une joie secrète; et, soit qu’un instinct flatteur semblât me présager ce qui m’arrive aujourd’hui, soit qu’un sentiment d’amour-propre me le fît espérer, je regardai toujours les lettres de votre établissement comme des titres de ma famille.
Lié avec plusieurs d’entre vous par les charmes de l’amitié , j’espérai qu’un jour je pourrais entrer avec eux dans un nouvel engagement , et leur être uni par le commerce des lettres, puisque je l’étais déjà par le lien le plus fort qui fût parmi les hommes. Et, si ce que dit un des plus enjoués de nos poètes n’est point un paradoxe, qu’il faut avoir du génie pour être honnête homme, ne pouvais-je pas croire que le cœur qu’ils avaient reçu leur serait un garant de mon esprit?
J’éprouve aujourd’hui , Messieurs , que je ne m’étais point trop flatté; et, soit que vous m’ayez fait justice, soit que j’aie séduit mes juges, je suis également content de moi-même : le public va s’aveugler sur votre choix ; il ne regardera plus sur ma tête que les mains savantes qui me couronnent.