DIALOGUE DE SYLLA ET D’EUCRATE
passion , comme les lois qui absolvent et qui punissent sans aimer ni haïr.
Mais l’on aime surtout à vous voir travailler à l’envi au portrait de Louis le Grand , ce portrait toujours commencé et jamais fini, tous les jours plus avancé et tous les jours plus difficile.
Nous concevons à peine le règne merveilleux que vous chantez. Quand vous nous faites voir les sciences partout encouragées, les arts protégés, les belles-lettres cultivées, nous croyons vous entendre parler d’un règne paisible et tranquille. Quand vous chantez les guerres et les victoires , il semble que vous nous racontiez l’histoire de quelque peuple sorti du Nord pour changer la face de la terre. Ici nous voyons le roi , là le héros. C’est ainsi qu’un fleuve majestueux va se changer en un torrent qui renverse tout ce qui s’oppose à son passage ; c’est ainsi que le ciel paraît au laboureur pur et serein , tandis que dans la contrée voisine il se couvre de feu , déclairs et de tonnerres.
Vous m’avez, Messieurs, associé à vos travaux; vous m’avez élevé jusqu’à vous, et je vous rends grâce de ce qu’il m’est permis de vous connaître mieux et de vous admirer de plus près.
Je vous rends'grâces de ce que vous m’avez donné un droit particulier d’écrire la vie et les actions de notre jeune monarque. Puisse-t-il aimer à entendre les éloges que ron donne aux princes pacifiques ! que le pouvoir immense que Dieu a mis entre ses mains soit le gage du bonheur de tous ! que toute la terre repose sous son trône ! qu’il soit le roi d’une nation , et le projeteur de toutes les autres ! que tous les peuples l’aiment, que ses sujets l’adorent, et qu’il n’y ait pas un seul homme dans l’univers qui s’afflige de son bonheur et craigne ses prospérités ! périssent enfin ces jalousies fatales qui rendent les hommes ennemis des hommes ! que le sang humain , ce sang qui souille toujours la terre, soit épargné! et que , pour parvenir à ce grand objet, ce ministre 1 nécessaire au monde, ce ministre tel que le peuple français aurait pu le demander au ciel , ne cesse de donner ces conseils qui vont au cœur du prince, toujours prêt à faire le bien qu’on lui propose , ou à réparer le mal qu’il n’a point fait, et que le temps a produit !
Louis nous a fait voir que , comme les peuples sont soumis aux lois , les princes le sont à leur parole sacrée; que les grands rois, qui ne sauraient être liés par une autre puissance, le sont invinciblement par les chaînes qu’ils se sont faites comme le Dieq
qu’ils représentent, qui est toujours indépendant, et toujours fidèle dans ses promesses.
Que de vertus nous présage une foi si religieusement gardée ! ce sera le destin de la France qu’après avoir été agitée sous les Valois, affermie sous Henri , agrandie sous son successeur, victorieuse ou indomptable sous Louis le Grand, elle sera entièrement heureuse sous le règne de celui qui ne sera point forcé à vaincre, et qui mettra toute sa gloire à gouverner.