‹ Œuvres complètes de Octave Crémazie [microforme]Chapitre 30 sur 34 · PR ES · texte numérisé non relu

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obligée de se replier sur la Garonne. Ici, dans la capitale, les affaires semblent prendre une mauvaise tournure. Le gouvernement provisoire est divisé en deux camps. L’Electeur libre, journal d’Ernest Picard, éreinte Gambetta, qu’il accuse d’avoir envoyé des nullités pour soulever la province. Il ridiculise avec raison l’idée de confier à un vieil avocat de soixante-seize ans, Crémieux, le soin de lever des armées sur les bords de la Loire. Outre cette division dans le gouvernement, nous avons le parti ultra-radical, représenté par le Combat, de Pyat, la Patrie en danger, de Blanqui, le Réveil, de Delescluze, qui veut absolument que l’élection de la commune de Peris ait lieu les 9 et 10 octobre. Le gouvernement s’y oppose et il fait bien. Si la commune sortait des élections demandées par les meneurs des faubourgs, son premier acte serait le renversement de l'autorité actuelle, à qui elle dirait: Votre pouvoir, sorti de l’émeute, n'a aucirne sanction légale. Nous, au contraire, nous sommes les élus de la capitale. Comme vous êtes réactionnaire, nous prononçons votre déchéance. Ce que le gouvernement provisoire ne veut pas accorder, est-il bien sûr que les démagogues ne le prendront pas par la violence? On dit que plusieurs des maires de Paris veulent procéder quand même à l’élection de la commune. Nous verrons bien ce qu’ils feront dans six jours. Le général américain Burnside, parti de New-York le 3 septembre, après avoir passé quelques jours au camp prussien, est venu dimanche à Paris. Il est reparti hier à midi. Est-ce comme touriste

qu’il a pu traverser les lignes prussiennes et françaises? était-il chargé d’une mission diplomatique auprès du général Trochu, avec qui il a eu un long entretien ? Chi lo sa ? Le gouvernement vient de fixer le traitement de chacun de ses membres. Mille francs par mois, voilà tout ce que se permettent de prendre les maîtres de la Krance. Ce désintéressement les honore. Peut-être y a-t-il le tour du bâton. Si nous sommes emprisonnés, au moins l’état sanitaire est excellent. À Versailles, les Prussiens, bien que libres, ne s'amusent guère. La petite vérole règne dans leur camp, qui compte déjà plus de 6,000 soldats en proie à cette dangereuse maladie.—Encore un cancan qui n’a rien de rassurant. On dit que le général Polhès aurait été battu près d'Etampes après avoir perdu 7,000 hommes. Cette défaite expliquerait la prise d'Orléans et de Bourges. D’autres prétendent que cette défaite n’est qu’un conte bleu d’origine prussienne, puisque l’armée de la Loire ne sera prête qu’à la fin du mois.

Manpt soir, 4 octobre. — Un soleil ardent comme en pleine canicule, et pas le moindre nuage à l’horizon., Grand mouvement de troupes dans le camp ennemi. Les soldats prussiens établis à la Malmaison sont remplacés par les Wurtembergeois. Reconnaissance brillante exécutée par les spahis dans les environs de Nogent. Une torpille a fait explosion, par accident, près de la porte de Sablonville. Huit personnes blessées. Le fort du Mont-Valérien a balayé un détachement ennemi qui voulait établir une batterie près

de Meudon. Tel est le résumé des opérations militaires de la journée.

C’est le 23 septembre que Toul a capitulé. Strasbourg n’a ouvert ses portes que le 27. Avant de laisser entrer l'ennemi, le génfral Uhrich a brûlé les 250,000 chassepots qui se trouvaient dans l’arsenal et encloué tous les canons. Le gouvernement veut utiliser toutes les forces de la capitale. Il vient de former le corps des jeunes volontaires, composé de gamins de 12 à 16 ans. Avec leur blouse grise ou blanche, leur pantalon de toile bleue, leur large ceinture rouge, ils ont réellement très bon air. On les emploie comme aides-pompiers, estafettes, aides dans les ambulances, etc. J'ai ren utré aujourd’hui, dans la rue de Rivoli, quelques centaines de ces jeunes citoyens qui marchaient en rang comme des troupiers et se dirigeaient vers l’Hôtel de Ville. Il fallait voir comme les officiers (car ces petits bons hommes ont un état-major) se donnaient un air crâne pour étonner les natifs. La république accorde un franc par jour à ces imberbes défenseurs de la patrie. Coinme ces enfants appartiennent presque tous à la classe ouvrière, cette solde de vingt sous aide à vivre à la famille, qui n’a guère de ressources par ce temps de siège où. toutes les industries sont paralysées. Aussi, pour donner au peuple souverain toute facilité de gagner sa pauvre vie, l'autorité permet à qui veut s'établir marchant de bibelots, de placer une ou plusieurs tables sur le tre.uir, comme pendant la quinzaine du our « : l'an. l’érection des baraques est

seule défendue. Ces milliers de marchands en plein vent donnent un aspect très animé aux boulevards. Les articles de Paris se vendent à très bon marché. Le fabricant, ne pouvant plus expédier ni en province ni à l'étranger, ayant en magasin un fonds considérable qu’il est obligé de réaliser, s’il n’a pas les capitaux nécessaires pour attendre des jours meilleurs, vend au prix coûtant au petit marchand des rues, qui revend au détail au prix du gros en temps ordinaire. Il paraît qu'il y avait chez les parfumeurs un stock énorme de savons. À tous les coins des rues, on vous offre des savons parfumés, à trois et quatre sous, qui se vendaient six et huit sous avant le siège. Nous n'avons réellement pas de chance pour l’expédition de nos lettres par la voie aérienne. Depuis trois jours il n’y a pas un souffle de vent. Chaque matin, on essaie l’envoi d’un ballon monté, mais le calme plat de l’atmosphère ne permet pas de lâcher l’aérostat. Le combat de vendredi dernier, qui n’a eu qu’un résultat peu important, aurait pris les proportions d’une grande victoire si l'ennemi n'avait pas été renseigné d’avance par les journaux de jeudi matin sur la sortie qui devait avoir lieu le lendemain. Avec la liberté illimitée de la presse dont nous avons le malheur de jouir en ce moment, les rédacteurs de journaux vendraient leur mère pour donner une nouvelle à sensation. Il y a toujours un reporter quelconque qui est l'ami du secrétaire d’un membre du gouvernement provisoire. En buvant l’absinthe au café prochain, l’homme de confiance du mi-

nistre, d’abord pour se donner de l’importance, ensuite pour se faire des amis dans le journalisme, qui peut, par un article bien senti, le faire nommer préfet ou commissaire de la république, s’empresse de raconter au boulevardier les résolutions prises par l'autorité. Le public commence à s’indigner de l’étourderie de ces messieurs et demande que, comme en 1848, la dictature soit confiée au général Trochu et que tous les journaux soient supprimés jusqu’à la fin de la guerre. Le journal officiel continuerait seul à paraître pour faire connaître au public les décrets de l’autorité et le compte rendu des opérations militaires. Le plus vite on prendra cette détermination, le mieux ce sera, car avec le système actuel nous marchons rapidement à deux catastrophes: l’anarchie dans la capitale, en dehors des murs la défaite par les Prussiens. Les républicains de la veille comprendront-ils enfin que le salut de la patrie commande des mesures extrêmes, et que ce n’est pas avec des phrases sonores que l’armée allemande sera vaincue ?

MERCREDI s0IR, 5 octobre. — Je renonce à parler du soleil, qui s’obstine à nous verser des torrents de lumière. Si je continuais à chanter ses louanges chaque matin comme je le fais depuis tantôt un mois, on m'accuserait d’être vendu à cet astre flamboyant. Qui sait? on dirait peut-être que le bonhomme Phébus me fait une pension comme le tyran en faisait une à Feydeau, Gautier et Veuillot, laquelle pension vient d’être mise à néant par la république. Ces messieurs

sont assez riches pour se passer de ces miettes. Canonnade sur toute la rive gauche, qui a réussi à culbuter presque toutes les batteries que les Prussiens travaillaient à établir. L’ennemi a lancé quelques obus sur les forts. Ses projectiles n’ont produit aucun effet. De son côté, la flottille de la Seine a fait son devoir. Les canonnières ont bombardé Brim borion, près de Bellevue, et ont mis plus de deux cents Allemands hors de combat. Le grand événement de la journée a été la manifestation des 10,000 gardes nationaux de Belleville sur la place de l'Hôtel de Ville. J'ai vu défiler cette milice citoyenne sur la place du Château-d’Eau. Point d’uniformes, pas même de képis, des blouses sales et déchirées, un grand nombre de figures avec lesquelles on n’aimerait pas à se rencontrer en tôte à tête, à minuit, au milieu d’un bois, tel était l'aspect général de ces républicains de l’avantveille. Ils étaient tous armés de fusils à piston, qui sont aux chassepots ce que les diligences sont aux chemins de fer. Flourens, colonel de l’un des bataillons des faubourgs, a demandé au gouvernement: 1° des chassepots ; 20 attaque immédiate des Prussiens par la garde nationale; 3° les élections pour la commune de Paris. Comme le général Trochu s’est empressé de ne nrs se rendre à leurs désirs, les électeurs de Rochefort, qui, seul des membres du gouvernement, avait jugé à propos de ne pas se trouver à l’Hôtel de Ville pour rencontrer ses soutiens du temps jadis dans sa lutte contre le bandit du 2 décembre, sont retournés

es

chez eux gros Jean comme devant. Flourens a donné sa démission comme colonel. Tant mieux, c’est un cerveau brûlé de moins à la tête de la garde nationale, Le journal officiel de ce matin déciare qu’il n’a pas reçu de rapport de Crémieux. On prétend que la feuille gouvernementale joue sur les mots. Comme le ministre de la justice n’avait rien de bon à annoncer, il a envoyé une tre privée et non un rapport officiel. Les nouvelles qui nous arrivent par un journal du 22 septembre, apporté par Burnside, ne sont pas rassurantes. A lextérieur, la Russie est définitivement avec la Prusse, qui lui laisse carte blanche en Orient. Une province de la Turquie, soulevée par les intrigues russes, vient de se mettre en état de rébellion contre l’autorité du sultan. L’Angleterre, impuissante du reste, regarde faire et semble heureuse de l’abaissement de la nation qui a sauvé l’armée anglaise devant Sébastopol. L'Italie ne songe guère qu’au triomphe facile qu’elle vient de remporter en occupant Rome. Pour l'Espagne, elle est trop divisée par les partis qui se disputent la succession d'Isabelle IT pour s'occuper de ce qui se passe au nord des Pyrénées. La France reste donc seule, sans armée régulière, avec un matériel de guerre tout à fait inférieur à celui du roi Guillaume, pour lutter contre la coalition armée des puissances allemandes et la coalition morale des royautés européennes, qui veulent éteindre dans Paris le foyer de démocratie avancée qui . menace tous les trônes. J'avoue qu’en présence de cette situation aussi douloureuse qu’effrayante, ma foi

dans le triomphe définitif des armes françaises commence à être ébranlée. J’ai bien peur que bientôt nousne soyons obligés de dire avec le psalmiste: Nisi Dominus custodierit civitatem, frustrà vigilat qui custodit eam. Ledru- Rollin, furieux de n'être rien dans le gouvernement actuel, se montre dans les clubs les plus exagérés et demande l'élection de la commune et le retour aux grandes traditions de 93. Il se fait en ce moment un travail souterrain qui mine chaque jour les hommes portés au pouvoir par la révolution du 4 septembre. Ledru-Rollin, Félix Pyat, Delescluze, Blanqui et autres débris de 1848, sont les chefs de ce parti, qui veut nous ramener aux procédés révolutionnaires les plus insensés, peut-être les plus sanguinaires. En supvosant que la commune de Paris soit organisée et qu’elle puisse renverser le gouvernement actuel, elle ne serait pas un mois au pouvoir sans être accusée de tiédeur, et un nouveau parti, d’une couleur plus foncée, travaillerait à la renverser comme on cherche en ce moment à démolir les hommes de l'Hôtel de Ville. Il n’y a que la dictature remise entre les mains de Trochu qui puisse sauver la situation déjà bien compromise.

JEUDI soir, 6 octobre. — Ce matin, un brouillard épais cache le soleil. Il fait presque froid. Sous le rapport militaire, rien qui mérite d’être noté. Comme tous les jours, coups de fusil à gauche, coups de canon à droite, tout cela sans résultat sérieux. Enfin, nous avons des nouvelles officielles de Tours. Une estafet.e nous apporte une dépêche du 1 octobre. Deux armées

de 80,000 hommes chacune sont prêtes à marcher sur Paris. Une autre de 75,000 va nous arriver de l'Ouest dans quelques jours. Les zouaves pontificaux, qui ont quitté Rome après l’occupation italienne, viennent d’arriver et sont incorporés dans les armées de la Loire. L’espérance que les déceptions de ces derniers jours avaient chassée de nos cœurs est revenue au gîte, ramenée par l’estafette de Tours. Le Gaulois a pu se procurer le numéro du 1 octobre du Journal de Rouen. Quelle bonne fortune pour E. Tarbé, le propriétaire ! Quelle joie pour les Parisiens ! Aussi a-t-on reproduit tout le journal normand, tout, jusqu’au nom de l’imprimeur. Cette feuille provinciale ne s'était jamais vue à pareille fête. Dans ses rêves les plus ambitieux, elle n'avait jamais songé à un tel succès. Béni soit donc le Journal de Rouen, qui nous fait connaître les faits et gestes de cette province, dont nous sommes séparés par un mur de fer! Le 29 septembre, les Prussiens n’avaient pas encore occupé Orléans. Les puissances neutres devaient établir un parlement international qui aurait pour mission de contraindre les belligérants à se soumettre à leurs décisions. L'Alsace et la Lorraine sont déjà traitées comme les pays fédérés allemands. Elles seront représentées au parlement par une commission. Thiers était arrivé le 27 à Saint-Pétersbourg. D’après ce que nous savons des dispositions d’Alexandre IT, il est probable que l’ancien ministre de Louis- Philippe n’aura guère plus de succès sur les bords de la Néva que sur les rives de la Tamise. Les francs-

tireurs auraient tué, sur la route de Reims à Versailles, le prince Adalbert de Prusse, le prince de Reuss et le duc de Nassau. Cette nouvelle, si elle est vraie, me paraît sans importance. Dans un pays de hobereaux comme la Prusse, qu'importe trois princes de plus ou de moins ? Une batterie de canons d’acier enlevée au roi Guillaume ferait bien mieux l'affaire de la France que la mort de ces trois principaillons. Si Orléans est occupé, la délégation du gouvernement qui est étaolie à Tours devra se replier sur Bordeaux. Le même journal nous apprend aussi quelque chose des affaires en Italie. On a voté (quoi? le journal ne le dit pas) par oui et par non le lendemain de l’entrée des Italiens à Rome. Qui était électeur ? Le suffrage universel a-t-il pu être organisé sérieusement en quelques heures? Comment a-t-on fait les listes électorales ? Toute cette contrefaçon de plébiscite me fait l'effet d’une odieuse comédie. La junte romaine (par qui nommée ?) élève des monuments aux héros morts pour la liberté de Rome. Sur le sommet du Monte-Cavallo, comme sur les hauteurs de Belleville, les révolutionnaires ont le même modus operandi. Le château Saint-Ange est occupé par les soldats de Victor-Emmanuel. Le pape est-il encore à Rome? Le Journal de Rouen ne nous le dit pas.—On reproche au gouvernement actuel de s’obstiner à suivre les errements du régime impérial en ne donnant pas de compte rendu détaillé des opérations militaires. En effet, depuis le 2 août, date de la prise de Sarrebrück, nous n’avons pas

eu un seul rapport sérieux. On fait des phrases, mais on ne donne pas de chiffres. Ainsi, l'affaire de Chàtillon, le 19 septembre, donnée comme une journée très honorable par les bulletins français, est réclamée par les Prussiens comme une victoire qui leur a donné 7 canons et 2,000 prisonniers. Comme depuis le commencement de cette malheureuse guerre, les bulletins allemands, d’abord taxés d’exagération, ont presque tous été reconnus être l'expression de la vérité, on se dit que, puisque le général Trochu ne donne pas de chiffres sur le combat de Châtillon, c’est que le résultat de cette rencontre n’a pas été aussi heureux que voudrait le faire croire son bulletin du 20 septembre. Le rapport des Prussiens, qui donne des chiffres, doit être exact. Ces cachotteries finiront par produire des effets déplorables.

VENDREDI s0IR, 7 octobre. — Le soleil est revenu ce matin, mais le ciel est nuageux et l'air très froid. Le général Vinoy a occupé Cachan sans résistance. L’ennemi a évacué le château de Meudon. Comme chaque jour, reconnaissances sans engagements sérieux. Le fort d’Ivry a reçu la première bombe lancée par les Prussiens. Elle n’a causé aucun dommage. Gambetta est parti aujourd’hui en ballon pour se rendre à Tours afin d'aider Crémieux et Glais-Bizoïin, dont l’activité sénile ne semble pas à la hauteur des circonstances critiques où se trouve le pays. Je crois que c’est la première fois qu’un ministre est obligé de prendre la route des hirondelles pour se rendre au poste où

son devoir l’appelle. Il paraît que le blocus de la capitale est moins rigoureux depuis trois jours, puisque 150 mobiles de la Bretagne ont pu nous arriver sans être aperçus par les Prussiens. Quelques centaines de lettres de la province ont été distribuées ce matin. Les courriers d'Amérique nous font toujours défaut. Hier après-midi, une fabrique de produits chimiques a fait explosion à Grenelle. Cet accident, auquel la malveillance est étrangère, a fait 19 victimes, 13 morts et 6 blessés. Le général Trochu vient de notifier aux journalistes que s'ils continuent à divulguer les plans arrêtés par l’autorité militaire, ils seront immédiatement traduits devant la cour martiale. Tout le monde applaudit à cette mesure énergique, qui est absolument nécessaire pour empêcher l’ennemi de connaître d’avance de quel côté se portera l'attaque des assiégés. Vive le Jornal de Rouen ! le numéro du 1°" octobre a encore pu échapper à la vigilance des Allemands. Les nouvelles continuent à être bonnes. Bazaïne aurait fait plusieurs sorties triomphantes et les communications seraient rétablies entre Metz et le Luxembourg. Les paysans commencent à ne plus se laisser intimider par les uhlans. Près de Pontoise, la population d’un petit village a barricadé un pont et, après une lutte de huit heures, a mis en fuite 300 Prussiens. Par ce temps d’excitation fiévreuse, on raconte les histoires les plus absurdes, on répète mystérieusement les prédictions les plus étranges. On dit que, le 2 décembre 1852, une religieuse, dans un moment d’extase, a vu: 1° la chute

de Napoléon III; 2° le bombardement de Paris le 9 octobre 1870; 3° la mort d’un grand personnage étranger qui doit passer de vie à trépas le 15 octobre, ce qui changera la face des choses. Le 9, c’est après-demain. Nous verrons bien si les bombes de Guillaume nous tomberont sur la tête. Les menées du parti ultra-radical continuent à mettre en péril le gouvernement de l'Hôtel de Ville. La Patrie en danger, le Réveil, le Combat, ont publié ce matin, à propos de la commune, des articles d’une violence incroyable. On s'étonne que le gouvernement laisse ainsi prêcher la guerre civile quand l’ennemi est aux portes. Bien que le général Trochu ait répondu non, de la manière la plus emphatique, aux manifestations qui demandaient le rétablissement de la commune, on annonce pour demain, à deux heures, une nouvelle manifestation en armes pour essayer une seconde fois d'imposer la commune au gouverneur de Paris. On a bien fait aujourd’hui une tentative de manifestation, mais il ne s’est trouvé que 1,500 personnes pour représenter sur la place de Grève le peuple souverain des faubourgs. Flourens, réélu à l'unanimité par son bataillon, a retiré sa démission, qui avait été acceptée par le général Tamisier, commandant en chef de la garde nationale. Autre mauvais symptôme. Dans une réunion des maires et adjoints des vingt municipalités de Paris, on a décidé, malgré l'opposition d’Étienne Arago, le maire de la capitale, par vingt-neuf contre vingt-six, que l’on procéderait immédiatement à l'élection de la commune. La posi-

tion devient excessivement tendue et nous pouvons nous attendre à voir la guerre civile ensanglanter les rues avant quarante-huit heures. Espérons que le bon sens public laissera dans l’isolement les meneurs de cette odieuse reprise des traditions terroristes de 93. Encore une manifestation. Celle-1là est inoffensive. Quatre cents femmes se sont présentées à l’Hôtel de Ville, demandant à remplacer les hommes dans les ambulances. Il me semble que ces citoyennes n’ont pas tout à fait tort.

SAMEDI, 8 octobre. — Ce matin, brouillard et temps sombre. Depuis quatre heures, pluie torrentielle qui continue à tomber au moment où j'écris, huit heures et demie du soir. Depuis que nous sommes assiégés, le canon n’a jamais grondé aussi longtemps qu’aujourd’hui. Au nord et au midi, c’est un tonnerre continuel- Nous voici au vingt-deuxième jour de l'investissement, et les Prussiens ne sont pas encore parvenus à établir une batterie capable de bombarder, je ne dirai pas la capitale, mais seulement les forts. Les artilleurs de la marine sont des pointeurs de première force et chaque boulet lancé par eux démolit un canon enneini. Les matelots du fort de Montrouge ont enlevé à l’abordage deux convois d’approvisionnements destinés à l’ennemi et tué plus de cent Allemands à coups de hache. N'est-ce pas bizarre que la marine soit la force la plus solide et la plus habile de toutes celles qui sont appelées à la défense de Paris ? La redoute élevée par les assiégeants dans le parc de Saint-Cloud et qui mena-

çait Auteuil et Passy, a été détruite par les canonniers de la Seine et les obus du Mont-Valérien. Ces projectiles ont fait un ravage effrayant dans les rangs des Prussiens, qui ont demandé une trève d’une heure pour transporter leurs blessés dans l’église. Les Kabyles continuent à faire des razzias. La nuit dernière, ces enragés sont tombés dans le campement des soldats de Guillaume, ont massacré cent cinquante Teutons, et, avant que ces derniers fussent revenus de leur stupeur, les enfants du désert étaient disparus. Ces spahis sont magnifiques. Avec leurs grands burnous rouges, leurs bottes molles, leurs belles figures bronzées et leurs longues barbes noires, ils ont une tournure élégante et martiale. Les Prussiens, lourds et flegmatiques, craignent comme le feu ces cavaliers de la Numidie, qui fondent comme des aigles sur leurs campements, et, après avoir démoli quelques centaines de Germains, disparaissent avec la rapidité de l'éclair, emportés par leurs chevaux arabes. Chose singulière, aux chassepots que le gouvernement voulait leur donner, ils préfèrent la vieille carabine africaine, qu’ils manient avec une rapidité et une habileté incroyables. Aujourd’hui, on dit qu’une partie de l’armée qui assiège Metz étant venue renforcer celle qui nous investit, Bazaine, profitant de l’affaiblissement des forces qui le tiennent bloqué depuis si longtemps, a pu couper l’armée allemande et marcher sur Nancy. C’est trop beau pour être vrai. La grande manifestation en faveur du rétablissement de la commune a fait un fiasco complet. A

deux heures, j'étais sur la place de l'Hôtel de Ville. Quelques centaines de braïllards crient: Vive la commune ! Quelques gardes nationaux arrêtent une espèce de voyou qui prétend que le citoyen Étienne Arago vend des armes aux Prussiens. Vers trois heures, la foule est énorme. De tous côtés les gardes nationaux des quartiers respectables arrivent armés et se rangent par bataillons autour de l'Hôtel de Ville. A quelques pas de moi, un homme en blouse blanche et aux mains noires, crie: ‘ Entrons là dedans! Faisons un second 4 septembre!” Si ce cri ne rencontre pas d’écho, le derrière de celui qui l’a poussé rencontre un coup de pied appliqué d’une façon magistrale par un garçon boucher taillé en hercule. La blouse veut se rebiffer, d’un coup de poing son ennemi lui enfonce son feutre jusque sur les épaules en lui donnant une seconde édition, probablement augmentée sinon revue, du coup de pied n° 1. Le malheureux blousard a beau rager, il est obligé de s’esquiver au milieu de la foule, qui le poursuit de ses quolibets. Près du pont, quelques voix poussent le même cri: ‘ Faisons un second 4 septembre! ” Personne ne répond. Je suis trop loin pour voir ce qui se passe. Mes voisins, dont l’un m'appelle monsieur et l’autre, cioyen, me disent que l’on vient d'arrêter ceux qui ont proféré ce cri séditieux. Le général Trochu, entouré de son état-major, arrive par la rue de Rivoii. Il est accueilli par les cris presque unanimes de: Vive Trochu! Vive la République! Le général Tamisier, commandant en chef de la garde’ nationale,

sort de l'Hôtel de Ville. Il reçoit, comme le gouverneur de Paris, un accueil très sympathique. Les tambours battent aux champs. Le général Trochu, accompagné des membres du gouvernement, sort du palais municipal, passe en revue sa milice citoyenne. En ce moment, on compte au moins dix mille fusils sur la place. Jules Favre, la revue terminée, adresse la parole aux officiers des différents bataillons. Le ciel est sombre : les tours de Notre-Dame se détachent admirablement sur ce fond nuageux. Une acclamation formidable salue le discours de Jules Favre. En ce moment, le canon des forts, qui n’a cessé de se faire entendre, devient plus retentissant et plus précipité. On crie: À bas la commune ! Le canon nous appelle aux remparts ! Je n'ai jamais vu un spectacle aussi grandiose, aussi solennel. La pluie commence à tomber. La clique de Belleville file sans tambour ni trompette. Je fais comme elle, bien que je ne sois ni communaliste ni communiste. Espérons que cette scie de la commune est finie et bien finie. Cependant je n’en répondrais pas. En France, la république, c’est le gouvernement des proclamations et des manifestations. Chaque matin, nous trouvons dix ou douze décrets, communications officielles, pleins de phrases sonores, qui ont été affichés pendant la nuit. Mon Dieu! qui nous délivrera, non pas des Grecs et des Romains, que l’on trouve admirables quand on a entendu pendant un mois les platitudes démocratiques, maïs des rengaines libérales et des clichés républicains ? Ce que j'ai

ingurgité, depuis le 4 septembre, de lieux communs prétentieux, d’âneries démagogiques, ne saurait se dire. Vous comprenez que le gouvernement actuel, composé, à l'exception de Trochu, d’avocats et de rhéteurs, doit avoir en portefeuille un stock considérable de phrases à effet dont ils ont cherché le placement pendant vingt ans. Aujourd’hui que ces messieurs sont les maîtres, pensez s'ils s’en donnent à cœur joie et s'ils se hâtent d’écouler leur fonds.

DIMANCHE soir, 9 octobre. — Malgré la bise et la pluie, reconnaissances à droite, reconnaissances à gauche. Le Mont-Valérien a tiré presque toute la journée sur les ouvrages que les assiégeants cherchent à établir à Montretout. De minuit à quatre heures a. m., forte canonnade à Montrouge et à Saint - Denis. Les Prussiens essaient, mais en vain, d'approcher de Châtillon. Il paraît que les obus lancés hier par le Mont- Valérien ont produit des effets terribles sur Saint-Cloud, où les Allemands sont établis. Le village n’est plus qu'un monceau de ruines et la toiture du château est effondrée. Décidément, messieurs les Teutons n’aiment pas les curés. Celui d’un petit village situé près de Bougival, a été pendu par eux jeudi dernier. Quellè fureur de pendaison possède donc ces Vandales? Le roi Guillaume, qui a toujours un texte de la Bible à la bouche, ne pourrait-il pas mettre un terme aux exploits de ces chevaliers de la corde? Malgré la pluie, quelques centaines de badauds sont allés sur la place de l'Hôtel de Ville voir s’il y avait quelque chose à

voir. On a acclamé Garnier-Pagès et son faux col légendaire. L’enthousiasme pour la commune semble descendre à 30 degrés au-dessous de zéro. On dit qu'aujourd'hui Victor Hugo et Louis Blanc se déclarent opposés au rétablissement de la commune. Ils ont poussé tant qu'ils ont pu, mais en se tenant prudemment dans la coulisse, au mouvement Blanqui, Delescluze et Cie, Après le fiasco d'hier, ils se hâtent de lâcher les communalistes d’un cran. Quel tas de jolis farceurs que tous ces radicaux ! Cette question de la commune avait divisé le gouvernement en deux camps. Pour la commune: Rochefort, J. Simon, J. Ferry, Emmanuel Arago. Contre: Picard, Pelletsu, Garnier-Pagès, J. Favre. Ce dernier et le général Trochu ayant déclaré qu’ils donneraient leur démission si on procédait aux élections municipales pendant le siège, les quatre partisans de la commune ont consenti à remettre à des jours plus heureux l'élection de la municipalité. Hier soir, pas de réunion à Bataclan, le club où Ledru-Rollin vient faire chaque soir une opposition ouverte aux hommes du 4 septembre. La déconfiture des communalistes doit être la cause de la nonréunion des clubistes du boulevard du Prince-Eugène. Les pigeons emportés par le ballon de Gambetta sont revenus à Paris. Le ministre de l’intérieur a touché terre, sans accident, dans le département de la Somme. Un autre aérostat a été moins heureux. Monté par M. Ziper, fournisseur de l’armée, et par deux autres personnes, ce ballon, parti de la Villette, s’est dégonflé su-

bitement et est tombé dans une mare, près de Pierrefitte, à quelques pas d’un campement prussien. Pour échapper aux balles de l’ennemi, les trois voyageurs ont dû rester dans l’eau pendant quatre heures. Des francs-tireurs les ont délivrés de leur fâcheuse position et les ont accompagnés jusqu'aux portes de Paris, où ils sont entrés en rapportant les dépêches qu’ils devaient remettre à la délégation du gouvernement établie à Tours. Il paraît que l’on a fait aujourd’hui de nombreuses arrestations parmi les meneurs de la manifestation communaliste. Le commandant Sapia, du 146: bataillon de la garde nationale, qui, hier, voulait conduire ses hommes à l'Hôtel de Ville pour renverser le gouvernement, a été empoigné par eux et conduit à l’état-major de la place Vendôme, où son arrestation a été maintenue. Il passera devant un conseil de guerre. Ce Sapia, compromis dans le dernier complot contre l'Empereur, est un Italien qui a passé toute sa vie à conspirer et qui doit à ses principes révolutionnaires d’avoir été, malgré sa qualité d’étranger, élu commandant du 146°. Le général Burnside est arrivé hier soir à Paris. On dit que le but de cette seconde visite du général de l’armée du Potomac à la capitale, est de faire sortir de la ville assiégée un certain nombre de familles américaines qui demandaient, mais en vain, depuis longtemps à Bismark l’autorisation de traverser les lignes prussiennes. Les journaux de ce soir nous affirment que nous avons encore du pain pour six mois, de la viande pour trois mois,

et du vin pour un an. Espérons que les Prussiens auront décampé avant que nous ayons mangé notre dernier bifteck. Ledru-Rollin, Pyat et Blanqui ne font plus bon ménage. Ils se traitent mutuellement de réactionnaires. Et dire que ces bons hommes-là veulent absolument gouverner la France!

Lunpti s0IR, 10 octobre. — Temps sombre le matin, mais beau dans l'après-midi. Forte canonnade du Mont-Valérien sur Meudon. Du côté de Saint-Denis, on lance une pluie d’obus sur les batteries ennemies. Il n’y a pas de raison pour que le siège de Paris ne dure pas aussi longtemps que celui de Troie. A chaque endroit où les Prussiens veulent établir une batterie, les forts envoient des boulets qui culbutent canons et artilleurs. Et voilà vingt-trois jours que ce jeulà dure! Qui de l’assiégé ou de l’assiégeant se fatiguera le premier de ce travail de Pénélope? That is the question. Le 9 est passé et nous n'avons pas eu l’ombre d’un bombardement. La prétendue prédiction de la religieuse doit être passée au compte des canards. Si nous n’avons pas encore été bombardés, nous serions à la veille de l’être d’après ce que disent les derniers prisonniers prussiens. Les fameux canons Krupp seraient arrivés, et c'est vendredi, le 14, que le roi Guil- Jaume doit commencer à lancer sur les forts une cataracte de boulets et de mitraille. Nous verrons bien. Pour ma part, je ne crois pas au bombardement tant qüe l’ennemi n’aura pas établi ses batteries à 2,500 ou 8,000 mètres des forts. Jusqu’à présent les artilleurs

de la marine ont démoli tout ce qu’il a voulu élever à 8,500 et même 4,000 mètres. Malgré toutes les tentatives de l'administration des postes, nous ne pouvons recevoir des nouvelles de la province, encore moins de l'étranger. Nous ne savons rien de ce qui se passe en Europe. J'aimerais pourtant bien à être renseigné sur ce qui se na5se à Rome. Nous voici revenus au moyen âge. Des guetteurs de nuit veillent sur les tours de Notre-Dame. Nous aurons peut-être le couvre-feu avant qu'il soit longtemps. Comme la fermeture, à sept ou huit heures, des cafés ne ferait tort qu’aux limonadiers et aux cocottes qui, faute d'étrangers, font la chasse aux officiers de la mobile, je ne vois pas où serait le mal si on rétablissait temporairement ce vieil usage de nos pères. M’est avis que tous ces petits offciers de province seraient plus frais et plus dispos le matin pour se battre contre les Teutons, s’ils passaient leurs scirées chez eux au lieu de perdre leur temps et leur argent à festoyer avec les drôlesses du boulevard. Rochefort vient d'écrire une lettre à Flourens, qui le priait, après le fiasco de la manifestation de samedi, de donner sa démission de membre du gouvernement. L’ex-député de la première circonscription regrette de ne pouvoir se rendre au désir de son ami Gustave, mais la crainte d’allumer la guerre civile lui fait un devoir de renvoyer à des temps plus calmes la réalisation des réformes dont il s'était fait le champion. C’est certainement là le fait d’un bon citoyen. Maïs n'est-ce pas déplorable de voir la France réduite à ce point, qu’un

pamphlétaire puisse se poser comme l'arbitre de la patrie ? Le Club des femmes du gymnase Triat propose que la plus belle moitié du genre humain porte des pantalons comme les bloomeristes. Si ce vêtement masculin peut mettre du plomb dans ces têtes folles, je demande qu’on enculotte ces dames le plus vite possible. Un certain nombre de donzelles, vertus de deuxième catégorie, ont demandé au général Trochu l’autorisation de former un régiment d’amazones. Le gouverneur de Paris a répondu que le sexe laid était en nombre suffisant pour défendre la capitale. Comme ces dames n’ont jamais eu, d’après ce que j'entends dire, la prétention d’être couronnées rosières à Salency, je crois que l’autorité militaire a sagement fait de renvoyer ces amazones à leur toilette et à leurs chiffons, car leur présence à l’armée eût été une source de désordres :.e toutes sortes. Voici une nouvelle explication des désastres de la France. Ce matin, je suis allé chez le savetier de la rue de Marseille pour faire mettre une pièce à ma bottine. Pendant que j'étais dans l’échoppe, arrive un concierge du voisinage qui nous apprend que la guerre actuelle a été décidée en 1867, quand le roi de Prusse est venu à l'Exposition. Voici comment le pipelet nous a raconté la chose. Un jour que Napoléon III et Guillaume prenaient leur café après avoir bien déjeuné, le roi de Prusse dit à l'Empereur : ‘ Écoute, Napoléon: tu as ici, à Paris, un tas de républicains qui t’embêtent et qui finiront par m’embôter aussi à Berlin; il faut se débarrasser de

cette canaille-là. Dans trois ans je serai prêt et armé jusqu'aux dents. Tu me déclareras donc la guerre en 1870 et tu te laisseras battre. Je prendrai Paris et je te promets que je dompterai si bien tes républicains qu’ils ne remueront ni pieds ni pattes pendant trente ans. Je te ramènerai aux Tuileries et tu me donneras l'Alsace et la Lorraine pour ma peine. Et voilà |...” Aujourd’hui le conseil de guerre a condamné à mort cinq soldats de la ligne qui avaient déserté le champ de bataille à la première affaire de Châtillon. Ce vieux cri: Ce sont les jésuites ! continue à trouver un écho dans les faubourgs. Si le gouvernement ne donne pas la commune, c’est la faute aux jésuites. Le général Trochu, catholique sérieux comme tous les Bretons, va à la messe le dimanche. Donc il est vendu aux jésuites, qui règnent par lui à l'Hôtel de Ville et vont bientôt enchaîner le pauvre peuple. Comme la vérité, la stupidité est, hélas ! immortelle.

MaRpt 80IR, 11 octobre. — Beau soleil, mais l'air est froid. Comme opérations militaires, toujours la même chanson. Canonnade par-ci, fusillade par-là, en somme rien de sérieux. Le gouvernement vient d’abolir le cautionnement des journaux. Je doute de l’opportunité de cette mesure. Maintenant que le timbre et le cautionnement n'existent plus, le premier drôle venu pourra, s’il vous en veut, fonder un journal seulement pour ruiner votre crédit ou votre réputation, et, son œuvre accomplie, discontinuer la publication de la feuille qui aura peut-être empoisonné votre vie.

Comme rédacteurs et imprimeurs seront des hommes de paille n’ayant pas cent francs sur lesquels on puisse mettre la main, à quoi cela vous mènera-t-il de les faire condamner à des dommages-intérêts? Où il n’y rien, le roi, pardon, la république perd ses droits. Sous le régime impérial, le cautionnement de 50,000 francs déposé par le propriétaire du journal à la Caisse des dépôts et consignations, était toujours là pour payer les sottises des rédacteurs. Autre abolition. Plus de censure théâtrale. Vous pourrez donc, à l’avenir, mettre dans la bouche des acteurs les propos les plus impies et les plus immoraux, l'autorité n’aura rien à y voir. Il paraît qu’en l’an 1870, c’est là ce qu’on appelle le progrès. Avec ce système de la liberté du mal, dans cinquante ans toutes les femmes seront des drôlesses, et les hommes des assassins et des voleurs. Heureusement que nous traversons en ce moment une de ces crises intermittentes qui sont aussi nécessaires au peuple le plus spirituel de la terre que les pilules de Morrison me sont indispensables deux ou trois fois par an. Histoire de se débarrasser des impuretés et des humeurs qui aigrissent le sang, afin que la machine puisse reprendre ses fonctions normales. M. de Kératry, dégoûté de la préfecture de police, vient de donner sa démission de chef de ce département. Il est remplacé par M. Edmond Adam, directeur du Comptoir d’escompte, qui jouit d’une excellente réputation. C’est un républicain modéré et un gentleman comme Jules Favre. Aujourd’hui ont paru les premiers

timbres-poste à l'effigie de la République. Les journaux écarlates avaient des colères bleues, au moins quatre fois par semaine, en voyant la figure du tyran continuer à régner sur les timbres. Si ces purs ont une si grande haine pour l’homme du 2 décembre, pourquoi ne refusent-ils pas toutes les pièces d’or et d'argent qui sont à l’effigie de Napoléon III? Pour être logiques, ils ne devraient accepter que les billets de la banque de France. Comme l’agio sur l’or est de 8 fr. par 1,000 fr., soyez sûrs que la haine du tyran ne s’élèvera jamais à ce chiffre de 3 fr. de perte. Des rumeurs, il en pleut. L'armée qui assiégeait Strasbourg marcherait sur Lyon. Le comte de Kératry, qui a fait ses preuves de capacité militaire dans la campagne du Mexique, serait appelé à un poste éminent dans l’armée active. Les d'Orléans, avec 40,000,000 de francs en poche, seraient à la tête de l’armée de 150,000 hommes formée à Rruen, qui marche en ce moment au secours de la -apitale. Le général Burnside est reparti ce matin. On prétend qu’il était chargé par Bismark de sonder le terrain à propos d’un armistice. Voici ce qu’aurait proposé le chancelier fédéral. Armistice de vingt jours pour permettre à la France d’élire une constituante qui traiterait de la paix avec l’Allemagne. Bismark, effrayé de la levée en masse de la France et de la dissolution imminente de tout ce qui n’est pas prussien dans l’armée allemande, voudrait éviter les dangers d’un hiver à passer sous les murs de Paris. Jules Favre ayant demandé que Metz et la capitale puissent

se ravitailler pendant l’armistice la discussion a été rompue, ce point n’ayant pas été prévu dans les instructions données au général Burnside. À mon avis, cette histoire d’armistice est un canard. Évacuation de Versailles par les troupes ennemies, qui marcheraient à la rencontre de l’armée qui vient de Tours. Rueil, également abandonné par les Teutons, serait occupé par le 3e zouaves. On a enlevé aux Germains un convoi de douze voitures de légumes. Cadavres d'officiers supérieurs prussiens, 5 selon les uns, 8 d’après les autres, tous poignardés, apportés par la Seine sur la berge du quai de Notre-Dame. Le roi Guillaume lèverait le siège d'ici à quinze jours et irait hiverner en Alsace afin d’être plus près de sa base d’opérations.—Il n’y aurait que 34 canons et 7 mitrailleuses de livrés par l’industrie privée, le gouvernement offrant un prix que les fabricants ne peuvent accepter. Blanqui n’a pas été réélu par le 169 bataillon. Tant mieux. Les gardes nationaux de Belleville empêchent les enfants de se rendre dans les écoles des sœurs et dans celles des frères. Ces messieurs ne veulent plus de la calotte. Pourquoi a-t-on dépensé au moïns 30,000 francs pour inscrire sur tous les édifices publics les trois mots sacramentels: Liberté, égalité, fraternité, si un père n’a pas le droit d'envoyer son enfant chez l’instituteur qui lui convient? L’archevêque de Paris vient de publier un mandement qui permet la viande de cheval et la cuisine à la graisse les jours maigres. Si le siège se prolonge pendant deux mois, il nous

faudra faire maigre tous les jours, un maigre de trappiste, car nous n’avons plus que des légumes secs et du pain.

MERCREDI, 12 octobre. — Un froid noir comme dans les derniers jours de novembre. Il me restait quelques morceaux de bois de l'hiver dernier, je me suis payé un petit air de feu. Tonnerre sur toute la ligne. On a canonné Nanterre, Bougival, la Malmaison, l’île d'Amour, le Font-de-Beauté, Fontenay-aux- Roses, etc., tous endroits qui sont des nids à Prussiens. Près de Bougival, rencontre assez sérieuse avec les assiégeants, qui sont obligés de battre en retraite en laissant une vingtaine de prisonniers. On nous annonce une attaque formidable pour après-demain. Comme le 14 est l'anniversaire de la victoire d’Iéna, les Prussiens voudraient prendre une revanche de la bataille qui ouvrit à Napoléon 1t' les portes de Berlin. Toujours des racontars. Le comte de Chambord aurait réalisé sa fortune pour armer 200,000 soldats, à la tête desquels il marcherait au secours de Paris. Pas n’est besoin de vous dire que c’est un conte bleu de Prusse. Les Allemands sont très bien logés dans les villages qui entourent la capitale dans un rayon de quinze lieues. Comme ils envoient de tous côtés des corps de ravitaillement, ils sont parfaitement nourris et souffrent beaucoup moins qu’on se plaît à le dire. Les journaux parisiens s’obstinent à représenter l’armée ennemie comme épuisée et démoralisée. Je crois que ce système d’entretenir la population dans des illusions continuelles pour-

rait bien avoir pour résultat de nous préparer de cruelles déceptions. Les frères et amis de Belleville continuent à soulever des tempêtes dans un verre d’eau. Heureusement qu’ils demeurent isolés et que les dixneuf autres arrondissements les regardent dédaigneusement demander quand même la commune et s’agiter dans leur impuissance. Le Sapia arrêté samedi n’est pas l’homme compromis dans le complot du mois de mai. C’est bien un révolutionnaire, mais il n’a pas encore été mêlé aux agissements des conspirateurs. C’est un Français et non un Italien. Un journal anglais du 3 qui a pu traverser les lignes prussiennes, annonce que le Pape est toujours à Rome et qu’il est disposé à faire des arrangements avec Victor-Emmanuel. Est-ce vrai? Nous n'avons pas les moyens de vérifier l’exactitude des renseignements anglais.

Jeupt soir, 13 octobre, — Un temps magnifique. Le midi, je me suis rendu au pont de l’Alma, où se trouve le dépôt des mitrailleusés, dans les bâtiments somptueux qui servaient de remise aux voitures de l’empereur. Un lieutenant d’artillerie, pensionnaire de la maison, m'avait donné rendez-vous à 1 heure pour m'initier aux mystères de ces instruments de destruction. C’est simple comme bonjour et rapide comme la foudre. Ne me demandez pas de vous donner des explications sur le mécanisme des mitrailleuses, de ces engins qui vomissent 600 balles à la minute. Si je me lançais dans cette partie, je vous dirais des bêtises hautes et grosses comme les tours de Notre-Dame. Vous

savez que, pour tout ce qui regarde la mécanique, la balistique et autres sciences en îque, je suis d’une stupidité qui n’a d’égale que mon ignorance. Après avoir visité les écuries, où les 350 chevaux de l’empereur étaient admirablement logés, nous avons jeté un coup d'œil aux appartements du grand écuyer, le général Henry. C’est magnifique. La salle à manger, en ébène, est d’un genre très sévère et très beau. Dans le salon et la chambre à coucher, les papiers peints sont remplacés par des tentures de soie qui produisent un effet charmant. Pendant ce temps, le canon d’Issy faisait rage. Comme mon lieutenant, qui est l’ingénieur du corps d'artillerie chargé du service des mitrailleuses, n’avait rien à faire pendant le reste de la journée, il me propose d'aller un peu voir ce qui se passe en dehors des murs. Je me garde bien de refuser. Nous prenons le bateau-mouche qui, pour 15 centimes, nous conduit à Auteuil. Là, nous nous dirigeons du côté de la porte du Point-du-Jour, par laquelle nous sortons de Paris. Prenant à gauche, nous marchons pendant une vingtaine de minutes et nous nous arrêtons sur une butte à la hauteur du bas Meudon. Il est deux heures et demie, On entend bien la fusillade et la mitraillade des batteries de campagne, ainsi que le bruit strident et sinistre des mitrailleuses, mais on ne voit rien du tout, le combat se livrant à 6 kil. (14 lieue) de l'endroit où nous sommes. Bagneux et Châtillon occupés. Le but de cette reconnaissance, qui était de forcer les Prussiens à

ss

se montrer en masses considérables, était atteint, On savait maintenant que l’ennemi n’avait pas quitté les hauteurs qui s'étendent de Choïsy-le-Roï à Châtillon, pour aller au-devant de l’armée de la Loire, comme on pouvait le croire, attendu qu’il n’avait pas donné signe de vie depuis cinq jours. A trois heures, les Français, qui ne veulent occuper plus longtemps ni Bagneux ni Châtillon, commencent à se replier pour rentrer à Paris. C’est à ce moment que les forts d’Issy, de Vanves et de Montrouge croisent leurs feux pour protéger la retraite des assiégés. Le paysage devant nous est très beau. Les bois de Meudon et de Clamart, avec leur feuillage sombre sur lequel se détachent quelques maisons blanches, forment le fond du tableau. Avec la lorgnette de mon compagnon je vois les bombes lancées par les forts éclater sur le plateau de Châtillon, où se trouve massée l'infanterie prussienne, qui nous est cachée par un rideau d’arbres. Quelques obus font explosion avant d’arriver à leur but et projettent une lueur rougeñtre sur les collines qui nous font face. Dans ce duo grandiose, le tonnerre des forts fait le basso cantante, et la fusillade, avec ses notes aiguës, joue ‘le rôle de ténor. Tout cela est très pittoresque et très poétique. Malheureusement ce spectacle épique coûte trop cher à l'humanité, car, dans quelques instants, il faudra compter les morts et les blessés. A quatre heures, nous repassons le mur d’enceinte et nous prenons le chemin de fer pour rentrer chez nous. Dans notre trajet d'Auteuil à la Villette, nous voyons, du

haut de l’impériale, brûler le palais de Saint-Cloud. Ce sont les canons du Mont-Valérien qui ont mis le feu à cette demeure préférée à toutes les autres résidences impériales par la famille Napoléon, et qui était, depuis un mois, l'observatoire de l'état-major prussien. La journée a été glorieuse pour les armes françaises. On a fait plu: de cent prisonniers. Les pertes de l’ennemi doivent être considérables. Celles de l’armée de Paris ne dépassent pas 30 tués, parmi lesquels le comte Picoi de Dampierre, et 80 blessés. On dit que Napoléon III vient de publier un manifeste qui est reproduit par les journaux de Londres. Que dit ce document? Nous l’ignorons, car nous sommes toujours séparés du reste de l’univers. Le même on dit ajoute que Rouher, Lavalette, etc., intriguent constamment à Londres contre l’ordre de choses établi à Paris le 4 septembre, et que c’est à leurs menées que la république doit de n’avoir pas été reconnue par l’Angleterre. Napoléon III peut avoir encore beaucoup de partisans en province, mais à Paris, je crois que sa cause est perdue pour toujours.

VENDREDI SOIR, 14 octobre. — Temps nuageux. A part une escarmouche heureuse à Rueil, il n’y a rien à signaler sur la rive sud, les Prussiens ayant demandé un armistice pour enterrer leurs morts de la journée d'hier. Il me semble que ces messieurs abusent des armistices. Le combat du 13 n’a été ni assez long ni assez meurtrier pour que le chiffre de leurs morts soit tellement élevé qu'il faille leur accorder douze

heures pour accomplir leur funèbre besogne. Je crois qu’ils profitent de ces heures de trève pour élever des batteries et faire des mouvements de troupes. Le Français, chevaleresque et bon enfant, se laisse toujours berner par le Teuton, qui est autrement pratique et retors. Un officier prussien, fait prisonnier dans l’engagement d'hier, annonce que le Pape a quitté Rome. Pour quelle destination? Nous n’en savons rien. Encore un manifeste. Le comte de Chambord vient de lancer une proclamation dans laquelle il offre ses services à la France, promettant de retourner en exil aussitôt que les envahisseurs auront été chassés du sol de la patrie. Par ce temps de crise suprême, tous les prétendants font leurs petits boniments en disant à cette pauvre France qui ne sait de quel côté se tourner: Prenez mon ours. Il paraît que les exploits des gardes nationaux de Belleville empêchaient de dormir le citoyen Mottu, le nouveau maire du 11° arrondissement. Je dois vous dire que cet arrondissement comprend le faubourg du Temple et une partie du faubourg Antoine. Remarquez que j'oublie le mot saint, car, depuis le 4 septembre, c’est un crime aux yeux de la démagogie radicale de prononcer ce mot digne des jours de linquisition, des siècles encroûtés de superstition, ete. Donc, le citoyen Mottu a voulu rendre des points aux frères et amis de Belleville qui font la chasse aux enfants qui osent encore aller à l’école des sœurs et à celle des frères. Il a commencé par faire enlever les crurifix qui se trouvaient dans les écoles laïques. En-

suite il a fermé toutes les écoles tenues par la calotte. Et pour couronner le tout, il a défendu à toutes les institutions laïques de son arrondissement: 1° d’enseigner ou de faire des prières ; 2° d'apprendre le catéchisme aux enfants; 3° de conduire les élèves, le dimanche, à l’église ou au catéchisme, comme cela se pratiquait sous le règne du tyran; 4° de s'occuper de la première communion. Sous l'empire, Napoléon ITI habillait à ses frais les enfants trop pauvres pour se procurer un vêtement convenable pour s'approcher de la sainte table. Comment trouvez-vous ce monsieur Mottu ? Si ce régime de la liberté devait durer, cette grotesque persécution pourrait inspirer des craintes sérieuses pour l’avenir. Heureusement que la réaction se fera avant un mois.

SAMEDI s0IR, 15 octobre. — Temps d'automne, mais pas trop froid. Toujours des escarmouches. Le canon de Noisy a détruit le camp retranché que les Prussiens avaient élevé à la Poudreite. Les pertes de l’ennemi ont été considérables, puisqu'ils ont encore demandé un armistice pour enlever leurs morts. Il se confirme ‘que le chiffre des Allemands mis hors de combat dans la journée du 13, s'élève au moins à 1,500 tués ou blessés. On nous égrène aujourd’hui tout un chapelet de ‘acontars de mauvais augure. Pendant que la république rouge serait proclamée à Lyon, un gouvernement se serait constitué pour acclamer Henri V. En Normandie, l’ex-député Estancelin pousserait le cri : Vive le comte de Paris! L'armée de Lyon aurait été

mise en déroute par les Prussiens. Sous les murs de Metz, Bazaïine aurait subi un échec grave le 8 courant. Un cancan absurde: les soldats de Guillaume, qui semblent s'éloigner des forts, n’opèrent ce mouvement de recul que pour couvrir de torpilles toute la zone qui se trouve en avant des ouvrages avancés de la défense, afin de faire sauter les corps d’armée qui sortiront de Paris pour aller les attaquer dans leur camp retranché. Encore un conte bleu: les francs-tireurs des Vosges se seraient emparés de Berlin après avoir dévasté la Prusse et auraient proclamé la république dans la capitale de la Prusse. En apprenant cette nouvelle mirobolante, le roi Guillaume aurait juré comme un païen pendant toute une journée, et son compère Bismark serait parti en toute hâte pour aller ramener les Berlinois aux traditions monarchiques. Avant de partir en guerre pour tuer les républicains des bords de la Sprée, Bismark aurait proposé un armistice au gouvernement de la république, afin que la France pût procéder à l’élection d’une constituante. Je comprends cette ficelle du chancelier fédéral, qui voudrait donner le change à l’opinion publique en Europe. En proposant aux hommes du 4 septembre des conditions d’armistice inacceptables, il ne cherche qu’un prétexte pour dire aux nations neutres : ‘ Le gouvernement de € l'Hôtel de Ville, malgré mes offres d’armistice, refuse ‘* de faire élire une assemblée nationale qui, ne voyant ‘en lui que le délégué d’une faction infime, le ren- ** verserait immédiatement, C’est donc dans l'intérêt

‘“ de la majorité des Français que je suis obligé de “ prendre Paris, afin que le pays puisse nommer un “ pouvoir légal et régulier.” Les puissances étrangères se laisseront-elles de nouveau berner par le Bismark ? Deux bonnes fortunes aujourd’hui. Le Nouvelliste de Rouen du 11 et le Times du 10 ont passé à la barbe des Prussiens. La feuille normande nous apporte le texte de la proclamation que Gambetta a lancée dans les départements. À mon avis, il fait sonner trop haut et trop souvent le mot république. Il me semble que dans ce moment suprême, où l’existence même de la France est en question, on ne devrait pas songer à faire une réclame pour le parti auquel on appartient. Le pape est toujours à Rome. Le plébiscite a donné 40,000 oui pour Victor- Emmanuel et 46 non. Il est bien évident que l'immense majorité des États pontificaux s’est abstenue. L’officier prussien qui affirmait que Pie IX n’habitait plus le Vatican, avait-il des renseignements plus récents que ceux de la feuille de Rouen, qui portent la date du 9? Je ne le crois pas. Les nouvelles de la province sont bonnes. Vaincue à Artenay, une partie de l’armée de la Loire a pris le lendemain, le 11, une éclatante revanche sous les murs d'Orléans. Les armées s'organisent sur tous les points du territoire, et avant un mois les Prussiens seront investis à leur tour. Si je suis bien informé, le plan de la défense n’est pas de risquer une grande bataille, mais de faire la guerre de partisans, de couper les communications et d'enlever les convois de l’ennemi,

en un mot, de l’isoler complètement de sa base d’opérations. En ce moment, il forme autour de Paris une ligne d'investissement composée de 300,000 soldats. Dans trois ou quatre semaines, il sera pris à son tour dans un cercle gigantesque de 500,000 hommes. Le jour où ce demi-million d'hommes s’unira au demimillion qui compose l’armée de Paris, l'invasion prussienne, prise entre cette enclume énorme, la capitale, et ce marteau titanesque, l’armée de la province, sortira terriblement aplatie de cette formidable étreinte. Je n'ai pas à vous parler des nouvelles du Times, que vous connaissez depuis longtemps. Trois dépêches du journal de la Cité ont plus particulièrement attiré mon attention. On annonce de Berlin que deux ballons parisiens sont tombés entre les mains des Allemands, qui ont saisi toutes les lettres emportées par ces courriers aériens. J'espère qu'une de mes lettres hebdomadaires n’est pas tombée entre les mains de ces Teutons. Vogel de Falkeinstein marcherait sur Lyon à la tête de 80,000 hommes. Si on additionnait les chiffres des armées que, depuis un mois, les nouvellistes font marcher sur la seconde ville de France, on aurait un total d’au moins un million. Le vénérable Times nous raconte une bourde transcendante. Il nous apprend que Crémieux et l’archevêque de Tours sont allés au-devant de Garibaldi qui arrivait de Marseille; puis, avec un sérieux imperturbable, il a ajouté que le vieux chef de condottieri, le juif Crémieux et le haut dignitaire de l'Église se sont montrés au peuple sur le balcon de

JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS. 341 l’archevêché, et là, dans un élan de fraternité républicaïine, ils se sont embrassés aux acclamations de la foule. Je croyais que nos voisins les Yankees avaient le pompon pour les canards à haute pression. Le Times vient de prouver qu’il peut rendre des points au frère Jonathan. On s'attend d’ici à quelques jours à des opérations militaires offensives. Tant mieux, et puissionsnous enfin rompre le réseau de baïonnettes qui nous sépare du reste de l’univers. Une lettre de M. Conti, secrétaire de l’empereur, déclare apocryphe le manifeste signé NaAPoLÉéON. L’amiral Fourichon est remplacé par Gambetta au ministère de la guerre à Tours. Nous ne sortirons donc pas des avocats ?

Le roi de Prusse devient bon enfant. Il a dispensé Versailles de payer la contribution de 400,000 francs qu'il lui avait imposée. Dans l’intérieur de Paris, tout va bien. Blanqui, Pyat et Cie semblent avoir renoncé, du moins pour le moment, à leurs manifestations en faveur de la commune. J’ai passé sur la place de l'Hôtel de Ville vers trois heures de l’après-midi. Il n’y avait pas cinquante personnes. C’est un bon signe, car, depuis le 4 septembre, la place de l'Hôtel de Ville à été le rendez-vous des politiqueurs et des badauds. La vie commence à être dure pour les gens qui aiment la bonne chère. Une bécassine se vend vingt francs, un poulet dix-huit francs, un lièvre trente francs. Pour le menu peuple qui, comme moi, se contente de bœuf, de soupe et de pommes de terre, l'augmentation dans les prix ne dépasse pas 25°». Le pain n'est pas aug-

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menté, le vin non plus. Une bonne nouvelle pour finir la journée. Le général Cambriels a réussi à s'établir solidement en Alsace sur les derrières des Prussiens. Il à avec lui 20,000 soldats de Félix Douay, plus 15,- 000 francs-tireurs de l’Alsace et de la Lorraine. Les approvisionnements des Allemands pourront donc être bientôt coupés.

DIMANCHE soir, 16 octobre. — Ciel gris et mélancolique, un vrai temps à faire de la tire. Au prône, on recommande aux prières le comte Picot de Dampierre, tué dans le combat de jeudi. Cet héroïque soldat, qui est mort en chrétien, n’était âgé que de trente-trois ans et avait 200,000 francs de rente. Le canon de Romainville a grondé toute la journée. Il a chassé de Créteil les Prussiens qui voulaient établir une batterie dans ce village. Deux ballons sont partis ce matin avec les lettres de Paris. Puisse ma lettre de vendredi arriver à bon port! On annonce la mort du prince royal de Prusse à Versailles. Il aurait succombé à une fluxion de poitrine. Sous toutes réserves, comme disent les grands journaux. Portalis, le rédacteur en chef de la Vérité, a été arrêté vendredi soir pour avoir annoncé le matin des nouvelles qui sont reconnues vraies aujourd’hui et dont j’ai pris note hier. Je crois que le gouvernement à fait une boulette en faisant arrêter ce journaliste. Ce n’était réellement pas la peine de faire une opposition si bruyante à l'empire quand il faisait des procès de presse, pour recommencer le même système sous la république une et indivisible. Remarquez

que, sous le tyran, les écrivains n’ont jamais fait un seul jour de prison préventive, tandis que ce malheureux Portalis est enfermé dans la cellule même de Troppmann en attendant son procès. Dans le mois d'août, Gambetta et Ferry présentaient chaque jour et appuyaient de leur parole des pétitions de radicaux enragés, qui demandaient que les prêtres, les ministres protestants fussent obligés de porter les armes pour la défense de la patrie. Samedi, une députation de Belleville s’est rendue à l'Hôtel de Ville pour demander l'armement du clergé. Ferry a répondu que le gouvernement ne trouvait pas opportun de soulever cette question en ce moment. Il a parfaitement raison. Mais pourquoi, lorsque l’on est dans l’opposition, demander une chose que l’on sait bien être obligé de refuser le jour que l’on arrivera au pouvoir ? Le grand défaut de toutes les oppositions en France, comme un peu partout, du reste, c’est de n’être pas loyales. Elles demandent toujours la lune, et quand elles sont devenues l’autorité, elles ne donnent même pas une étoile de dixième grandeur. Garibaldi est bien réellement à Tours. Je ne comprends pas bien quel appui ce vieillard, plein de fiel et de rhumatismes, peut apporter à la défense nationale. Ce n’est qu’un chef de bandes qui ne saurait commander 100,000 hommes. Ce qu’il faut à la France, c’est un génie supérieur capable de faire manœuvrer le demi-million d'hommes qui se lève dans les départements. Garibaldi, renommée surfaite par la camaraderie révolutionnaire, n’est certai-

nement pas ce génie-là. Comme le nom de ce vieil énergumène, qui, depuis dix ans, n’a cessé de demander la tête du pape, sonne très mal aux oreilles catholiques, sa présence à la tête des armées françaises pourrait bien paralyser l’élan patriotique des provinces de l’Ouest et du Midi, où le sentiment religieux est encore si vivace. Les légumes commencent à baiïsser de prix. Tous les jours, sous la protection des forts, les maraudeurs vont faire dans les villages une abondante récolte à la barbe des Prussiens, qui n’osent s’approcher trop près des canons de la marine, qui portent à deux lieues. Pour le poisson frais, il faut être riche comme Monte-Cristo pour se payer une truite ou une sole. Comme les bouchers n’ouvrent plus leurs boutiques que tous les deux jours, les ménagères sont obligées de faire la queue comme aux théâtres pour avoir le pot-au-feu. On dit que nous allons bientôt être mis à la ration. Jusqu'à présent nous n’avons pas trop à nous plaindre. Il n’y a plus de beurre pour les petites et moyennes bourses. La cuisine se fait à la graisse. Dans les premiers jours, on faisait bien un peu la grimace ; aujourd’hui, on ne s’en aperçoit plus. Le fromage ne se trouve plus que sur la table des nababs. Pour moi, pauvre diable, je n’en ai pas vu depuis quinze jours, mais, comme le roi d’Yvetot, je dors fort bien sans gloire... et sans fromage.

Lunpt soIR, 17 octobre. — Pluie le matin ; à dix heures, soleil radieux, et temps presque chaud toute la journée. Combats d’avant-postes et canonnade du côté

d'Argenteuil. Les forts se taisent. On dirait qu'ils font le lundi. On nous annonce le bombardement pour après-demain, anniversaire de la bataille de Leipsick. Je ne crois pas à cette mesure extrême, d’abord, parce que, ne pouvant établir de batteries sans qu’elles soient démolies par le feu des forts, les Prussiens ne pourraient atteindre le mur d'enceinte ; ensuite, parce que Guillaume n’osera pas prendre devant l’Europe la responsabilité d’un acte aussi sauvage que le bombardement de la capitale du monde civilisé. Le nonce est parti hier à onze heures. Quelques-uns prétendent qu’il ne reviendra plus à Paris, puisque le pouvoir temporel, dont il était le représentant en France, a cessé d'exister. Je crois que c’est là une appréciation erronée. Comme chef suprême de l'Église, le pape aura toujours un représentant auprès des puissances catholiques.—$i nous n'avons plus de fromage, nous avons toujours des cancans ; c’est moins nourrissant, mais ça aide à tromper les ennuis de l'investissement. Le prince Frédéric-Charles serait très malade du typhus. Le comte de Chambord aurait abdiqué en faveur du comte de Paris. Les vieilles douairières du faubourg Saint-Germain vont joliment jeter les hauts cris si ce racontar arrive à leurs oreilles. Un prêtre de l’église Saint-Roch à Paris, arrivé ce matin, aurait apporté la nouvelle que Bazaïine est enfin débloqué. Les généraux américains Burnside, Sheridan et Forsyth au- ‘aient reçu l’ordre de quitter immédiatement l’armée monarchique du roi de Prusse, qui fait la guerre à la

république sœur. Je ne comprends plus rien aux allures du gouvernement. Le journal officiel de ce matin publie un travail complet sur les fortifications de Paris, indiquant le fort et le faible de la défense. Si un journaliste avait dit la dixième partie de ce que la feuille gouvernementale annonce wrbi et orbi, il y a longtemps que le rédacteur indiscret serait à Mazas, en train de méditer l’axiome arabe: La parole est d’argent, mais le silence est d’or. On affirme que l’ambassadeur d'Espagne, M. Oiozaga, vient d’être rappelé, parce qu'il s'est mis, sans l'autorisation du cabinet de Madrid, en relations officielles avec le gouvernement du 4 septembre. Si ce bruit se confirmait, il faudrait donc croire que le parti républicain est décidément en baisse dans la patrie du Cid. Charette, qui commandait les zouaves du pape, et Cathelineau, petit-fils du célèbre Vendéen, sont maintenant à Tours, où ils organisent une armée de leurs compatriotes. À chaque combat qui se livre sous nos murs, les Parisiens font une véritable course aux blessés. C'est à qui arrivera le premier sur le champ de bataille, quand tout est fini, bien entendu, pour enlever un défenseur de la patrie. Il y a moins de charité que de calcul égoïste dans ce zèle pour soigner les victimes de la guerre. Comme lu maison qui abrite un blessé a le droit d’arborer le pavillon de la convention de Genève, on ne voit souvent dans le pauvre soldat mutilé qu’un paratonnerre qui préserverait de la violence des vainqueurs si la ville était prise d'assaut,

MaARpt1 soir, 18 octobre. — Je me trompe, 28 vendémiaire, an 79, pour employer la formule des journaux républicains. Pour les radicaux, le monde n'existe que depuis le 21 septembre 1792. Soleil brillant, température assez douce. Canonnade des forts du Mont- Valérien, de Nogent, de Vanves et d'Tssy, qui empêche les Prussiens d'établir leurs batteries. On dit aujourd’hui que le citoyen Mottu, le maire du XIe arrondissement, a donné sa démission sur la demande du gouvernement. Si c’est vrai, tant mieux; car c'était une honte pour Paris de voir ce banquier de cinquième ordre, ce qui veut dire usurier, oser violenter la conscience de ses administrés. On dit aussi que l’ordre de la Légion d'honneur va être aboli, À mon avis, ce serait une faute. Que ne fait-on pas, en France, pour obtenir ce petit ruban rouge qui constitue l’aristocratie du courage, du talent et du travail? Pourquoi abolir cette récompense nationale qui ne coûte rien au pays et qui produit de si grandes choses? En décrétant l'abolition de la Légion d'honneur, le gouvernement céderait aux criailleries de ces impuissants envieux qui s’agitent dans les bas-fonds de la démagogie et qui ne peuvent supporter aucune supériorité, Ce serait une maladresse et une lâcheté, Proudhon avait bien raison quand il écrivait: ‘ Le fond de toute démocratie, c'est l'envie.” En ce moment, il faut être un fier aristo pour manger du pain rôti, le beurre se vend 16 fr, la livre. Le gouvernement vient d'acheter 20,000 bœufs pour la capitale. Comment entreront-ils dans

Paris? En ballon? On parle d’une sortie prochaine commandée par le général Trochu. Rochefort et Ferry, portant l'uniforme de colonel, l’accompagneront. Gambetta, ministre de la guerre à Tours, Ferry, colonel à Paris, ne dirait-on pas des héros de vaudeville? Décidément ces avocats ne doutent de rien. Le général Triskow, chef du cabinet militaire du roi de Prusse, a été tué le 2 octobre, à Montretout, par un obus du Mont-Valérien. Je vous parlais, il y a quelques jours, du couvre-feu. Une proclamation du maire de Paris, Étienne Arago, invite les citoyens à éteindre le gaz à 104 heures, afin de ménager la provision de charbon, qui ne peut se renouveler pendant la durée de l’investissement. Vous verrez que nous arriverons au couvrefeu de nos aïeux. Il n’y a plus que 225,000 hommes autour de Paris. Espérons que, puisque le cercle de fer qui nous entoure est amoindri, nous pourrons bientôt le briser.

Mercrept, 19 octobre.— Beau temps, mais froid. Nous attendons encore le bombardement annoncé pour aujourd’hui. Cependant, comme les Prussiens voulaient faire parler d’eux le jour de l’anniversaire de la bataille de Leipsick, ils ont tenté, à deux heures du matin, de prendre Cachan par surprise. Repoussés par les mobiles du Finistère, ils sont revenus à la charge deux heures après. Ils ont été refoulés une seconde fois par la fusillade des moblots et les feux croisés des forts de Vanves et de Montrouge. Du reste, la nuit a été bruyante. Le Mont-Valérien, le fort d’Issy et celui

de Bicêtre n’ont cessé de gronder. Près de Charenton, les soldats de Guillaume n’ont pas été plus heureux. Les mobiles de la Normandie se sont emparés de Maisons et de Créteil, et s’y sont installés et fortifiés malgré deux attaques de l’ennemi, qui avait reçu des renforts pour revenir à la charge. Escarmouche heureuse à Charlebourg, près de Saint-Denis. Il n’y a plus que 50,000 hommes à Versailles. Depuis quelques jours, plus de deux mille blessés prussiens sont arrivés dans cette ville. On suppose que ce sont les soldats tombés dans le combat du 11, livré près d'Orléans, où les Germains ont été brossés. Le prince royal de Prusse n’est pas mort. Pour se consoler de sa vie, on annonce la maladie de Bismark. Les mobiles viennent d’enlever quarante-deux voitures de provisions et de légumes. On dit que parmi ces victuailles il se trouve du fromage. Les gourmands se lèchent déjà les lèvres. Il paraît que je m'étais trop hâté de chanter le désintéressement de nos seigneurs et maîtres. Ce n’est pas mille francs, maïs bien cinq mille francs par mois, soixante mille francs par an que ces messieurs reçoivent. Encore un coup d'épaule des journaux officieux et nous arriverons aux 100,000 des ministres du tyran. T1 faut bien gagner sa pauvre vie. Enfin l’iconoclast Mottu n’est plus maire du XIe arrondissement, Il vient d’être destitué. Une trentaine de chefs de bataillons des faubourgs du Temple et de Saint-Antoine se sont présentés à l'Hôtel de Ville en chantant: Rendeznous Mottu ou laissez-nous mourir, Jules Ferry, avec

une fermeté dont il faut lui savoir gré, a répondu que le gouvernement ne sacrifierait jamais la liberté religieuse aux criailleries d’une faction. Sur ce, on s’est séparé en se disant des gros mots. On annonce pour demain une manifestation des prétrophobes. Je n’en crois rien. Blanqui n’a pas été réélu commandant par le 169° bataillon. Il n’a obtenu que deux cent quarante-neuf votes, tandis que son concurrent, Bruley, républicain modéré, était nommé par sept cent soixante-neuf voix. On annonce la mort d'Alexandre Dumas, père, qui aurait succombé, à Dieppe, le 13 courant, à une congestion cérébrale. Deux cancans. Trois cents canons américains seraient arrivés à Bordeaux. Napoléon IIT aurait eu une attaque de paralysie qui met ses jours en danger.

Jeupt sorr, 20 octobre.—Beau temps le matin, neige le soir. Rien à noter en fait d'opérations militaires. Toujours le même travail de Pénélope. Chaque jour les Prussiens commencent à élever des batteries, que les canons des forts démolissent avant qu’elles soient établies, Pas la moindre manifestation Mottu. On dit que l’on a trouvé à Bagneux, lors du dernier combat, des balles prussiennes qui sont empoisonnées. Je crois que c’est encore un de ces contes comme il en pleut depuis le commencement du siège. On dit aussi que tous les Américains domiciliés à Paris doivent quitter la capitale cette semaine. Pourquoi? À cause du bombardement, qui ne se fera ni à Pâques ni à la Trinité? Passons cet on dit au compte des cancans. Nous

JOURNAI, DU SIÈGE DE PARIS. 9p1

mangeons du cheval deux ou trois fois par semaine, Comme goût ce n’est pas mauvais. Seulement, j'ignore pourquoi mon estomac le digère assez difficilement. Hier, on nous a servi de l’âne. Rîtie, cette viande a le goût du porc frais. Elle est lourde. On assure que dans les faubourgs on mange du rat. Les gourmets prétendent que le jambon de rat est une merveille comme chair délicate. Je ne tiens pas à déguster maître raton. Pourtant il ne faut jurer de rien. Si le siège se prolonge, nous serons peut-être très heureux d’avoir quelques côtelettes de rat à nous mettre sous 1a dent. Qui sait si dans deux mois une épaule de rat ne sera pas cotée à la Bourse comme une action de chemin de fer. Je ne parle pas du chat. Sous les Mérovingiens, les traiteurs de la barrière servaient déjà à leurs clients des matous sous le nom de lapin. Si la viande commence à devenir rare, en revanche le pain d'épice abonde, T1 y en a des montagnes dans toutes les montres des épiciers. Les marchandes des quatre saisons, à qui le manque de légumes et de fruits avait fait des loisirs forcés, reparaïissent dans les rues avec leurs petites voitures pleines de pain d'épice, en criant: A deux sous le morceau! A deux sous! Il y en a aussi à un sou. Ici le pain d'épice se fait avec du miel et non avec de la mélasse comme chez nous. Il est très bon, Je me demande où l’on peut prendre le miel nécessaire à cette avalanche de pain d'épice ? Du reste, le miel est toujours au prix ordinaire,

VENDREDI s0IR, 21 octobre.—Beau temps d'automne,

Grande reconnaissance du côté de Bougival et de la Malmaison. La lutte a duré depuis une heure jusqu’à six heures p. m. Les assiégés ont perdu deux canons et quatre cent quarante-trois hommes, tués, blessés ou disparus. Les pertes des Prussiens doivent être quatre fois plus considérables. On a reconnu dans cette sortie les endroits où l’ernemi massait ses troupes et on l’a forcé à reculer ses positions. Le rédacteur de la Vérité a été mis en liberté aujourd’hui. J'espère que le gouvernement ne donnera pas suite à cette affaire, qui ne peut que le rendre impopulaire et lui créer des embarras sérieux. Le lycée, qui s’appela d’abord collège Bourbon, puis lycée Bonaparte, portera désormais le nom de lycée Condorcet. La rue Bonaparte est également débaptisée. Elle se nommera à l'avenir rue Armand-Barbès. Est-ce que les hommes du 4 septembre s'imaginent qu’un décret suffit pour supprimer l’histoire et arracher de la mémoire de la France et du monde le nom du vainqueur de Marengo et d’Austerlitz ? Tous ces changements annoncent une grande petitesse d'esprit chez ceux qui les ordonnent. On dit que les cinq bataillons qui étaient sous le commandement de Flourens seront passés en revue demain par Rochefort. Le rédacteur de la défunte Marseillaise se séparerait du gouvernement provisoire pour se mettre avec Flourens à la tête des ultra-radicaux. J'en doute. Toutes les personnes qui ont du fer, du bronze ou du cuivre, le portent au Conservatoire des arts et métiers, qui centralise tous les métaux propres

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