‹ Œuvres complètes de Octave CrémazieChapitre 21 sur 33 · LE CHANT DES VOYAGEURS · texte numérisé non relu

LE CHANT DES VOYAGEURS

A nous les bois et leurs m ystèreb, Qui pour nous n'ont plus de secret !

A nous le fleuve aux ondes clairos Où se reflète la forêt !

A nous Texistence sauvage, Pleine d*attraits et de douleurs.!

A nous les sapins dont l'ombrage Nous rafraîchit dans nos labeurs ! . . . Dans la forêt et sur la ca{i€ Nous sommes trente voyageurs.

Bravant la foudre et les tem[)ête8,

Avec leur aspect solennel

Qu'ils sont beaux ces pins dont hvs tôtes

Semblent les colonnes du ciel î

Ijorsque, privés de leur feuillage,

Ils tombent sous nos coups vaiuqueui-s,

On dirait que, dans le nuage,

L'Esprit des bois verse des pleurs. . .

Dans la forêt et sur la cag*-

Nous sommes trente voyageui>.

Quand la nuit de ses voiles sombres Couvre nos cabanes do bois.

Nous regardons passer les ombre« Des Algonquins, des Iroquois.

Ils viennent, ces rois d'un auti*e Age, Conter leurs antiques grandeurs A ces vieux chênes que Torage N'a pu briser dans ses fureurs. . .

Dans la forêt et sur la cnge.

Nous sommes trente voyageurs.

Puis, sur la cugc qui s'avance Avec les flots du Saint- Laurent, Nous rappelons de notre enfance Le souvenir doux et charmant.

La Uonde laissée au village.

Nos mùn.« et nos jeunes sicurs.

Qui nous attendent au rivage.

Tour à tour font battre nos cunirs...

Dans la forêt et sur la cage Nou^ sommes trente voyageurs.

Quand viendra la triste vieillesse Affaiblir nos bras et nos voix, Nous conterons à la jeunesse Nos aventures d'autrefois.

Quand enfin, pour ce grand voyage Où tous les hommes sont rameurs, La mort viendra nous crier : " Nage !" Nous dirons, bravant ses terreurs :

— Dans la forêt et sur la cagt' Nous étions trente voyageurs.

**^^>«c, janvier 1802.

Page 1