‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 12 sur 42 · L'ALOUETTE · texte numérisé non relu

L'ALOUETTE

Voici lejuur: n'entoiuls-tu |»ad lecliHiit (le l'aluut'tlc qui si'élève sur la rive?

SIIAKKSHKABK.

Alouette

Gonli Hotte,

Ta voix jotto Chaque matin un chant si radieux,

Si fionore

Que l'aurore

Doute encore S'il naît sur terre ou s'il descend des cieux.

Dans le bois solitaire, D'un chant mélodieux Le rossignol, ton frère, Jette les sons joyeux.

Toi, sur la rive humide Où s'arrêtent les Ilots, Ta voix douce et rapide Vient consoler nos maux.

CTest pour toi que Paurore Vient dissiper la nuit ; Pour toi le soleil dore Chaque fleur, chaque fruit; CTest ix)ur toi que la rose, Ouvrant ses yeux pourprés, Répand, à peine éclose, Ses parfums dans les prés.

Car ta voix matinale, Saluant le soleil) £t la fleur virginale A son premier réveil.

Répand dans la nature Tous ses brillants accords.

Et se mêle au murmure Des vagues sur nos bords.

Quand la nuit de son voile Assombrit Thorizon, A la première étoile Tu redis ta chanson ; Ainsi, douce alouette.

Ta voix chante toujours.

Et la mort seule arrête Tes chants et tes amours.

Au matin de nos jours, quand Tavenir en fleurs Etale devant nous ses riantes couleurs,

Nous trouvons dans notre âme, Pour saluer la vie, un chant pur et joyeux. Car le bonheur alors brille devant nos yeux

Comme un rayon de flamme.

Mais, comme l'alouette, à l'approche du soir, Brisés par la douleur, trompés dans leur espoir.

Nos cœurs pleins de tristesse Ne trouvent plus, hélas ! leurs accents du matin. Car ils ont vu se ])erdre, aux ronces du chemin, Les chants et les vertus qui charmaient leur jeunesse.

Québec, 3 février 1858.

LE UETOliU DE "L'ABEILLE."*

Mo reconnaissez-vous? Aux rivages lointains, Pauvre abeille, j'osai iherdier d'autres destins, Kt je voulus aussi connaître et voir le niontle. Inconstante, trouvant, en touchant clKKjue tleur, liareuient le plaisir, l)ien souvent la douleur, J'ai promené longtemps ma course vagalKmdo.

Sous les cieux l't rangers mon bonheur s'envola. Car, malgré leurs beautés, mon cirur n'était pas là. Voyt^z, d'un ])lan(^ manteau mes ailes sont couverto-s. Ah î pour vous voir encor j'ai bravé les frimats, Heureuse de (piitter ces radieux climats Au ciel toujours serein, aux feuilles toujours vertes.

Comme l'enfant prodigue implorant mon pardon, Honteuse, je reviens. Ah I votre caair est bon Ki vos l)ras recevront la pauvre fugitive. Sous ce toit vous avez guidé mes premiers pas; Oui, je suis votre enfant, et vous ne iK)Uvez pas Plus longtemps rei>ousser ma voix faible et plaintive.

* Cette i>ièce de vers [a été comix-jsée lors de la réapparition de V Abeille ^ charmante petite feuille rédigée par les élèves du séminaire de Québec.

Donc j^ai votre pardon. Oh ! j'ai bien voyagé ! Voyez, de sucs nouveaux mon bagage est chargé. Puis, le soir, réunis dans notre vieille salle. Je vous dirai comment, pour composer mon miel, A Ceylan j'ai cueilli la feuille du bétel, La violette en Chine et la rose au Bengale,

Sur li's bords italiens la fleur de Tamandier, Sous le ciel espagnol celle du grenadier. Précipitant plus loin ma course aventureuse Et ramenant mon vol sur les bords de l'Indus, J'ai surpris ton secret, mystérieux lotus, Entr'ouvrant au soleil ta corolle frileuse !

Et, de tous ces parfums, faisant un nouveau miel, Quand viendra du Jeudi le retour solennel. Peut-être mes récits charmeront votre oreille. Je travaillerai tant pour remplir vos loisirs, Que, retrouvant bientôt tous vos vieux souvenirs. Comme aux jours d'autrefois vous aimerez V Abeille.

Et maintenant, amis, que notre accord est fait. Recevez un conseil sous forme de souhait. De vivre et de mourir où vécurent vos i)ères Vous faisant pour toujours un sublime devoir. N'allez pas comme moi, remplis d'un fol espoir. Perdre vos plus beaux jours aux rives étrangères.

1" janvier 1859.

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