‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 26 sur 42 · LES MILLE- ILES · texte numérisé non relu

LES MILLE- ILES

Si j'étais la douce hirondelle (^li vole en chantant dans les airs, (juand viendrait engouniir mon aile lie vent placé de nos hivers ;

Fuyant ces plages refroidies Où la neige tombe à flocons, 8ur des rives plus attiédies J'irais redire mes chansons.

J'irais, au pays des Espagnes, Là-bas où fleurit l'amandier, Cueillir dans les vertes campagnes I^ fleur rouge du grenadier.

J'irais, me posant sur le dôme, Le dôme d'or de l'Alcazar, Voir la perle du beau royaume Où régnait le calife Omar.

Cordoue et la vieille Castille, I^on et ses portes d'airain, Et Séville, dont la tour brille Comme un rubis dans un écrin ;

L'Escurial immense et sombre Gomme un remords au fond du cœur.

Et TAlhambra qui fait dans Tombre Etinceler son front vainqueur ;

Me verraient sur ces douces rives^ Trouvant un bonheur sans pareil, ^Fabreuver à leurs sources vives De fleurs, de parfums, de soleil.

J'irais dans la fière Venise,"' La ville du grand Faliero, Me plaçant sur la tête grise Des vieux lions de San-Marc^,

Ecouter dans les sérénades La voix des amours infinis, Se mêlant dans les mascarades Aux rires des/antocCT'nw.

J'irais sur la rive sonore Où le divin Tasso mourant.

Rêvant toujours d'Eléonore, Fit entendre son dernier chant ;

J'irais, 6 plage de Sorrente !

Demander à tes doux échos.

Demander à ta vague errante Le triste récit de ses maux.

l¥i poi.>rE^.

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< •«^r;i-*. !a •-ît^ if- jirirTiLyre.

ïja. \i\U' anx fialai- raiH->ix.

* f'i lliormiit' i i-Ka^^ae \<i*- tT'*i\ lin* I/hi-t^iir*- 'rnn pf-nf.W» «î»* tlifiix:

< I Vhtrfiutf', intrratA patrie \^' Dante, le vif-az tribelin.

Toi fjui tirillea Hur rAïuoiiH' <'*ommf) r^oîle dn matin ;

Kome, <leiix fnis reine fin monde.

<ln\ UrtijrHirs tend \en bras vers tni. H€)um, Hoarce Hainte et fi^conde f >e rh^roÎKiiie et de la (o\ ;

Naples, toujonrH riante et belle, 'foi rjni t'endorn au double chant Qui vient de ta mer immortelle FA qui deHoend de ton volcan ;

Vous touten, reines d'Italie, Uni, vcnis me verriez sur vos l>ordB, Na^oant dans des flots d^hamionie, M*enivrer de vos doux accords !

Et, dans mes courses vagabondes, Saluant les enfants d'Allah, J'irais me mirer dans les ondes Où se baigne Setiniah.

J'irais, à l'ombre des platanes Qui bordent la fraîche oasis, Voir passer les fières sultanes Aux yeux noirs comme les houris.

Puis j'irais voir, quand la nuit sombre Descend au ciel des Osmanlis, \jQ doux vallon perdu dans l'ombre Où dansent les blanches péris.

Sur les bords enchantés du Gange, I^Allahabad jusqu'à Delhi, J'irais voir tout ce monde étrange Où soupire le bengali.

J'irais dans la jungle mouvante, A l'heure où vers le Kailaça Monte la fumée odorante Des parfums offerts à Si va.

J'irais dans Bénarès la Sainte Quand vient le pèlerin hindou Franchir la redoutable enceinte Du temple sacré de Vichnou.

1% f^jtsZI^.

Kt 'fjiaifA^fT i*i^ :JH- **n.fc ly-sr.y-?»- '^►•■» nbî- >'3arj' j^i^ -^-r. r.:-!.

'>ni, j'irai», «nr '«^ ^ifili^ rv^* iMi yïiAn/^n. lie S^^tri*.

Suivre k« onde*» fîi^tive^ Qni pr/rtai^nt la 'Ton^îK* d'I*i».

Maifi r|iiaml. <lan» k# flot^ de Imnîèrv. Vierulrait U: printempi^ emYtanniH Ktf ndre, en fliantant, -i-nr la tem* S^m mantfiftii vert et purfbmé.

Avec lefi f'haniioii8 printaniC-rpi^.

\yfyf le fvileil matinal, AvfiT left fraîche» primevères .hf nn'iendraÎH an Hel natal.

(^nand fcve à Parbre de la vi«»

l)e Ha main eut cueilli la mort, Sur la terre à jamaÎK flétrie <>îi vit fiarattre le romonl.

PuiH Adam H'en fnt Hur la terre, (2ui déjà pleurait avec lui, 8'abrouver à la «ource amèro (K^ nous allnnH boire aujourd'hui.

Et le» archanges, Hur leurs ailes Prenant PEden silencieux, Au haut des sphères éternelles, Ij& déposèrent dans les cioux.

Mais, eu s'élançant dans Tespace, Ils laissèrent sur leur chemin Tomber, pour indiquer leur trace, Quelques fleurs du jardin divin.

Et ces fleurs aux couleurs mobiles.

Tombant dans le fleuve géant, Firent éclore les Mille-Iles, Ce paradis du Saint-Laurent. . .

Au retour de mon long voyage, Saluant le ciel canadien.

Je viendrais là, dans le feuillage, BAtir mon nid aérien.

La douce voix de la patrie, Chantant au milieu des sapins, Bercerait mon Ame attendrie Au bruit de ses accords divins.

J'écouterais, quand du rivage Mille voix s'élèvent on chœur, Ce que la fleur dit au nuage, Ce que le flot dit à la fleur,

Co (luo dit la roue eiubaiini<V (^laïKl, aux promicrw raydiih «lu jour, La l)ris() fraîche et imrfnint''0 Vient tout bas lui i>arl(T d'amour.

Millo-IIe» ! collier luagniliciue Do diamant et de saphir, C^u'eût préfén'* le monde antique A lV»r le plus brillant d*Ophir;

( > Ix^llo et sublime couronne

ijue ])080 sur son largo front

l>e Saint-Laurent, quand, 8ur le tr^me

(jue s(^s lacs immensi^s lui font,

Il vient, en montrant â la terre Si>n an'-en-ciol éblouissant, Faire retentir le tonnem*.

Du Niajrara bondihvant !

Mille-Iles! riante merveille, Oasis sur lt« flots dormant, (iue l'on prendrait jxiur la corlnûlle <2u'HpiM)rte la main d'un amant,

Duuh vos pittoresques asile>.

Trouvant la i>aix ot le bonheur, .le coulerais des jours tranquilla*< En chantant au fond de mon c<eur:

— Ni rorgaeilleuHB ÂndaloiiKio, Ni 168 rivage» de Cadix, Ni le royaume do Murcits Etincelant comme un rubis,

Ni cette rive poétique Où brillent Florence et Milan, Mi Kome et sa splendeur antique, Ni Naplos avec son volcan.

Ni cette mer enchanterez»»!'^ Où Stamboul élève ses tourzs, Ni ces vallons pleins de tristesse Où passent les sombres Giaours,

Ni Plnde et sa riche naturo Où resplendit Para-Bralnna, Ni ces océans de verdun»

Que célébrait Kalidasa ;

Ni la terre des Pyramides, Ni tons les trésors de Memphis, Ni le Nil et ses flots rapides Où vient se mirer OsirÎM,

Ne sauraient jamais mo redire Ce que mo disent vos échos, Ce que soupire cette lyre Qui chante au milieu des roseaux.

U |)8trie! <*> rive nataln

Ploiup d'hamionieuseB voix !

dianU i^traiitçeH que la latidv NotiH a|)jiort« du foml îles boif '.

U liOuveiiJrH de la jeutituHw,

FraÎK i-oinmo un rayon du printeu)]w '

U fleuve, témoin do l'ivrwHe

De noH jeunes CLL'ura de vingt anK !

O vieilles foréiB ondoyantes, TeinloH du ssnK <le nos ueux !

0 lat-ei ! ô iilainos udorauto»

Dont lo parfum s'élève suk L'ieiix '.

Bordij, où les tombeaux de nos pères Nous racontent le tempe ancien, VouH Beuls pofisédez cen voix chère» Qui font battre un cœur canadien !

Québec, mai, iseu.

CASTELFIDAKDO

Prenant pour dieu l'argent et pour guide le doute, Dos antiques vertus abandonnant la routo Et foulant à leurs pieds les droits las plus sacrés, Quand les peuples, courbés souk le vent de leurs criiiK'><, S'arrêtent, frémissants, au lK)rd des noirs abimes Et jettent vers le ciel leurs reganls effarés,

Alors, pour ranimer la vertu qui cliancelle. De grands cœurs, dévorés de la liamnio éternelle Qui donnait aux martyrs les anlenrs de son feu, Pour riionneur et le droit sacrifiant leur vii», Montrent qu'il est encore, à la terre éblouie, Ici-bas des liérob, et dans le ciel un Dieu.

Dans les sombres forêts de la vieille Arniorique, Au milieu des dolmens du monde druidique, Avez-vous vu briller le vieux glaive breton? Avez-vous entendu l'héroïque Vendée, Terre par les martyrs tant de fois fécondée, A l'appel de ses fils bondir comme un lion ?

Triste comme Israël exilé de Solyme,

Quand Rome a fait entendre une plainte sublime,

A '•*- p'-<r:i- rxa'*razïL*' «îoni lear âni».* **»rîiie»it. < »-^ «rfifaDt» d*— crr.'i«^, comuie amrefo:* k-UT> j» i\— A lia lit d«-* >arra,»iii'» J'rav»r .»-> •irn^fît.-rp,'^, iVi'iJijM/ !».-'ir f-irt»' t'i»V ♦.•!» 'Tiaii' : I»i»-».i !•• \ »-:.*.

I^ tr^'iuj^etti' a ?!«iiui*.' l'iieuie «ic la l'ataiile.

An bniit <]^> l'/unl^ '.-anon^ vouiî*eant la mitraiiir.

^ '»iiiiij«- «•»-* {«ala^Iiii^ ^,m' «>'l»'brait Ta"s>*.».

Il- f"iiT ♦'tiiK-ïfliT l*fur irlaivir' fitriintlaî*k.s

Kt. |i<;ii«laJit Uiiit un jour, leur anJeur inik'ni|itat'ii.-

A fait trembler le aol de C'a:îteltîda^J<^^

Knvelopjjaiit leur uiort dau> un lim^'ul de jrloin.*, IN tumUMit eu UHruant leurs ^rand^ nouj> à l'iiistoire, Comun: tombait Uoland aux cliam|is de Kom-evanx. I A victoire, en pleurant, di'lai!>îje leur:? bannicre,^ ; ' 'ar la ^Ioin% fidèh» à <v«» âmes 'jnerricn'^. lUiîuhti de la isui\ re et «ranle leurs tomlx!!aux !

IMuHxlan I ô hi'rofs digne d'une tiJOi^V I llcimme desS teDi|i8 anciens, dont la puissante épée P«nir ceux que Ton opprime a toujours combattu ; Toi, que Rome païenne eût mis au Capitole, ï>os siècles salûront rimmortello auréole <2ni <!Ouronne ton front, ô jrlorieux vaincu I

Fillt^ <le« clievaliers, ô vieille et forte race,

Comme aux jours de Bayard, sans re]>ro<*lie et sans peur,

Tu gardes fièrement le drapeau de l'honneur,

6aiib craindre les clameurs de la foule qui passe.

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