‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 28 sur 42 · LR CHANT DES VOYAGEURS · texte numérisé non relu

LR CHANT DES VOYAGEURS

A nous les l)ois et leurs mystères, <^ni pour nous n*ont plus do secret !

A nous le fleuve aux ondes claires ( )ù se reflète la forêt !

A nous Texistence sauvage, Pleine d'attraits et de douleurs !

A nous les sapins dont Tombrage Nous rafraîchit dans nos labeurs î . . . Dans la forêt et sur la rfifjé' Nous sommas trente voyageurs.

Bravant la foudre et les tempêtes,

Avec leur aspect solennel

Qu'ils sont beaux ces pins dont les têtes

Semblent les colonnes du ciel !

Lorsque, privés de leur feuillage,

Ils tombent sous nos coups vainqueurs,

On dirait que, dans le nuage,

L'Esprit des l>ois verse des pleurs. . .

Dans la forêt et sur la cage

Nous sommes trente voyageurs.

Quand la nuit de aea voiles sonibnvs Couvre nos cabanes de bois, Nous r^ardons passer les ornières Des Algonquins, des Iroquois.

Ils viennent, ces rois d'un autre Ajre. Conter leurs antiques jçrandeurs A ces vieux chênes que Torage N*a pu briser dans ses fureurs. . .

Dans la forêt et sur la cage Nous sommes trente voyageurs.

Puis, sur la nige qui s'avance Avec les flots du Saint-Laurent, Nous rappelons de notre enfance Le souvenir doux et charmant.

La blonde laissée au vill^:e.

Nos mères et nos jeunes sœurs.

Qui nous attendent au rivage.

Tour à tour font battre nos cœurs. . .

Dans la forêt et sur la cage Nous sommes trente voyageurs.

Quand viendra la triste vieillesse Affaiblir nos bras et nos voix, Nous conterons à la jeunesse Nos aventures d'autrefois.

Quand enfin, pour ce grand voyage Où tous les hommes sont rameurs, La mort viendra nous crier ; " Nage !" Nous dirons, bravant ses terreurs :

— Dans la forêt et sur la cage Nous étions trente voyageurs.

Québec, janvier 1862.

A M. ET MME HECTOR BOSSANCiE

SOIXANTIKMK ANNIVKRSAIRE DE I.BrR MARIAC.K

MDiîtn'al, 14 octobre 1810— Cltry, 14 octobre 1876.

Tls sont bien loin de nous ces premiers jours du monde Oît, prodiguant ses dons, la nature féconde Laissait vivre mille ans ses enfants nouveau-nés; Où l'univers entier rayonnait de jeunesse, Où la mort, ne trouvant nulle part la vieillesse, S'éloignait, en tremblant, de nos frères aînés.

A vingt ans aujourd'hui, quand l'ilme éi)anouie, S'enivrant de soleil, d'amour, de poésie, Demande à l'avenir le secret des destins. Soixante ans sont pour elle une étemelle vie, La coupe inépuisable où coule l'ambroisie. Et Viûiimn Thuk de ses espoirs lointains.

Comme pour ces époux dont les livres bibliques

Nous racontent l'histoire et les vertus antiques.

Ces soixante ans, pour vous, n'ont commencé qu'au jour

( )ù, sur les bords heureux de la Nouvelle-France,

De vos cœurs de vingt ans couronnant la constance.

Vous avez vu l'hvmon consacrer votre amour.

De ce beau Canada, qui de votre tendresse Vit les premiers aveux et la première ivresse, Vous avez conservé le souvenir charmant, Et vous voyez souvent sa douce image en rêve... En lui disant adieu, de sa puissante sève Vous avez emporté quoique chose en partant.

Quand de vos premiers jours plus d'un ami fidèle, Que Fange de la mort a touché de M)n aile. S'en est allé dormir le sommeil éternel. Vous demeurez debout, pareils à ces grands chénen, Ces magnifiques rois de nos forêts lointaines, Qui semblent à nos yeux les colonnes du ciel.

Comme ils sont bien remplis ces nobles douze lustres î

Le travail incessant, les amitiés illustres

Qui, dès vos premiers pas, vous ont tendu les mains ;

Les voyages nombreux aux bords du nouveau monde.

Où vous alliez porter la semence féconde

De cet esprit français, le charmeur des humains ;

Tant de bienfaits discrets semés sur votre trace ; Ces enfants bien-aimés, l'honneur de votre race, De porter votre nom à juste titre fiers ; Et vos écrits où brille une attique élégance : Pour chanter dignement une telle existence. Il faudrait un poème, et non pas quelques vers.

Ainsi, poursuivant votre course.

Sans redouter les noirs autans.

Vous irez boire à cette source Où buvaient nos premiers parent«.

£t, du temps recalant les bornes, Vous laisserez couler les ans, En repoussant les hivers momeR Pour ne cueillir que les printempR.

Sur la montagne séculaire

Que fouleront vos pieds vaillants.

De la couronne centenaire

Vous ornerez vos cheveux blancs.

Sur ce sommet brillant que dore liO soleil d'un monde nouveau, Vous salûrez à son aurore \j& vingtième siècle au berceau.

Puisse Dion me garder la vie, Pour consacrer le dernier chant De ma pauvre muse vieillie A vos noces de diamant !

Citrv, 14 octobre 187<î.

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