ACTE I, SCENE V
LAONICE
Ne pourrai-je servir une si belle flamme?
Ne crois pas en tirer le secret de mon âme . Quelque époux que le ciel veuille me destiner, C'est à lui pleinement que je veux me donner. De celui que je crains si je suis le partage, Je saurai l'accepter avec même visage ; L'iiymen me le rendra précieux à son tour, Et le devoir fera ce qu'auroit fait l'amour, Sans crainte qu'on reproche à mon humeur forcée Qu'un autre qu'un mari règne sur ma pensée.
LAONICE
Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher?
RODOGL'NE.
Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher 1
LAONICE
Quoi que vous me cachiez, aisément je devine; Et, pour vous dire enfin ce que je m'imagine, Le prince...,
RODOGUNE
Garde-toi de nommer mon vainqueur :
Ma .ougeur trahiroit les secrets de mon cœur, Et je te voudrois m^al de cette violence Que ta dextérité feroit à mon silence; Même , de peur qu'un mot par hasard échappé Te fasse voir ce cœur et quels traits l'ont frappé, Je romps un entretien dont la suite me blesse. Adieu : mais souviens-toi que c'est sur ta promesse Que mon esprit repreni quelque tranquillité.
LAONICE
Madame, assurez-vous sur ma fidélité.