SCENE I. — ANDROMÈDE, chœur de nymphes, un page
ANDROMÈDE
Nymphes, notre guirlande est enxor mal ornée; Et devant qu'il soit peu nous reverrons Phinée, Que de ma propre main j'en voulois couronner Pour les heureux avis qu'il vient de me donner. Toutefois la faveur ne seroit pas bien grande, Et mon cœur après tout vaut bien une guirlande. Dans l'état où le ciel nous a mis aujourd'hui, C'est l'unique présent qui soit digne de lui.
Quittez, nymphes, quittez ces peines inutiles; L'augure déplairoit de tant de fleurs stériles; Il faut à notre hymen des présages plus doux. Dites-moi cependant laquelle d'entre vous.... Mais il faut me le dire , et sans faire les fines.
AGLANTE
Quoi, madame?
ANDROMÈDE
A tes yeux je vois que tu devines.
Dis-moi donc d'entre vous laquelle a retenu En ces lieux jusqu'ici cet illustre inconnu. Car enfin ce n"est point sans un peu de mystère Qu'un tel héros s'attache à la cour de mon père. Quelque chaîne l'arrête et le force à tarder. Qu'on ne perde point temps à s'entre-regarder. Parlez, et d'un seul mot éclaircissez mes doutes. Aucune ne répond, et vous rougissez toutes! Quoil toutes l aimez-vous? Un si parfait amant Vous a-l-il su charmer toutes également? Il n'en faut point rougir, il est digne qu'on l'aime; Si je n'aimois ailleurs, peut-être que moi-même, Oui, peut-être, à le voir si bien fait, si bien né. Il auroit eu mon cœur, s'il n'eût été donné. Mais j'aime trop Phinée , et le change est un crime.
AGLANTE
Ce héros vaut beaucoup, puisqu'il a votre estime; Mais il sait ce qu'il vaut, et n'a jusqu'à ce jour A pas une de nous daigné montrer d'amour.
ANDROMÈDE
Que dis-tu?
AGLANTE
Pas fait même une offre de service»