ACTE II, SCÈNE I
ANDROMÈDE
Ah! c'est de quoi rougir toutes avec justice; Et la ho:ite à vos fronts doit bien cette couleur, Si tant de si beaux yeux ont pu manquer son cœur.
CÉPHALIE.
Où les vôtres, madame, épandent leur lumière, Cette honte pour nous est assez coutumière. Les plus vives clartés s'éteignent auprès d'eux, Comme auprès du soleil meurent les autres feux : Et pour peu qu'on vous voie et qu'on vous considère. Vous ne nous laissez point de conquêtes à faire.
ANDROMÈDE
Vous êtes une adroite; achevez, achevez: C'est peut-être en effet vous qui le captivez ; Car il aime, et j'en vois la preuve trop certaine. Chaque fois qu'il me parle il semble être à la gêne; Son visage et sa voix changent à tout propos; Il hésite, il s'égare au bout de quatre mots; Ses discours vont sans ordre; et plus je les écoule, Plus j'entends des soupirs dont j'ignore la route. Où vont-ils, Céphalie? où vont-ils? répondez.
CÉPHALIE.
C'est à vous d'en juger, vous qui les entendez. UN PAGE , chantant sans être vu Qu'elle est lente, cette journée!
ANDROMÈDE
Taisons-nous : cette voix me parle pour Phinée; Sans doute il n'est pas loin, et veut à son retour Que des accens si doux m'expliquent son amour.
LE PAGE
Qu'elle est lente, cette journée Dont la fin me doit rendre heureux!
Chaque moment à mon cœur amoureux Semble durer plus d'une année.
0 ciel! quel est l'heur d'un amant, Si, quand il en a l'assurance,
Sa juste impatience
Est un nouveau tourment?
Je dois posséder Andromède :
Juge. Soleil, quel est mon bien!
Vis-tu jamais amour égal au mien?
Vois-lu beauté qui ne lui cède?
Puis donc que la longueur du jour De mon nouveau mal est la sourcs,
Précipite ta course,
Et tarde ton retour.
136 ANDROMÈDE
Tu luis encore , et ta lumière Semble se plaire à m'affliger.
Ah! mon amour te va bien obliger A quitter soudain ta carrière.
Viens , Soleil , viens voir la beauté Dont le divin éclat me dompte; Et tu fuiras de honte D'avoir moins de clarté.