ACTE II, SCENE III
Il a fait par trois fois essayer sa malice, Et l'a vu par trois fois faire même injustice; Du vase par trois fois ce beau nom est sorti.
PHINÉE
Et toutes les trois fois le sort en a menti. Le ciel a fait pour vous une autre destinée; Son ordre est immuable, il veut notre hyménée; Jl le veut, il y met le bonheur de ces lieux; Et ce n'est pas au sort à démentir les dieux.
ANDROMÈDE
Assez souvent le ciel par quelque fausse joie Se plaît à prévenir les maux qu'il nous envoie; Du moins il m'a rendu quelques momens bien doux Par ce flatteur espoir que j'allois être à vous. Mais puisque ce n'étoit qu'une trompeuse attente, Gardez mon souvenir , et je mourrai contente.
PHINÉE
Et vous mourrez contente! Et j'ai pu mériter Qu'avec contentement vous puissiez me quitter ! Détacher sans regret votre âme de la mienne ! Vouloir que je le voie, et que je m'en souvienne I Et mon fidèle amour qui reçut votre foi Vous trouve indifférente entre la mort et moi !
Oui, je m'en souviendrai, vous le voulez, madame: J'accepte le supplice où vous livrez mon dni^ : Mais, quelque peu d'amour que vous me fassiez voir, Le mien n'oubliera pas les lois de son devoir. Je dois, malgré le sort, je dois, malgré vous-même, Si vous aimez si mal, vous montrer comme on aime, Et faire reconnoître aux yeux qui m'ont charmé Que j'étois digne au moins d'être un peu mieux aimé. Vous l'avouerez bientôt, et j'aurai cette gloire Qui dans tout l'avenir suivra notre mémoire, Que pour se voir quitter avec contentement, Un amant tel que moi n'en est pas moins amant.
ANDROMÈDE
C'est donc trop peu pour moi que des malheurs si proches,
Si vous ne les croissez par d'injustes reproches!
Vous quitter sans regret! les dieux me sont témoins
Que j'en montrerois plus si je vous ainiois moins.
C'est pour vous trop aimer que je parois toute autre;
J'étouffe ma douleur pour n'aigrir pas la votre;
Je retiens mes soupirs de peur de vous fâcher,
Et me montre insensible afin de moins toucher.
Hélas! si vous savez faire voir comme on aime,
Du moins vous voyez mal quand l'amour est extrême-.
Oui, Phinée, et je doute, en courant à la mort.
140 ANDROMÈDE
Lequel m'est plus cruel, ou de vous, ou du sort.
PHI NÉE
Hélas ! qu'il étoit grand quand je l'ai cru s'éteindre. Votre amour ! et qu'à tort ma flamme osoit s'en plaindre f Princesse, vous pouvez me quitter sans regret; Vous ne perdez en moi qu'ua amant indiscret, Qu'un amant téméraire , et qui même a l'audace D'accuser votre amour quand vous lui faites grâce. Mais pour moi, dont la perte est sans comparaison, Qui perds en vous perdant et lumière et raison , Je n'ai que ma douleur qui m'aveugle et me guide : Dessus toute mon âme elle seule préside ; Elle y règne, et je cède entier à son transport; Mais je ne cède pas aux caprices du sort.
Que le roi par scrupule à sa rigueur défère, Qu'une indigne équité le fasse injuste père, La reine et mon amour sauront bien empêcher Qu'un choix si criminel ne coûte un sang si cher. J'ose tout, je puis tout après un tel oracle.
TlilANTE.
La reine est hors d'état d'y joindre aucun obstacle: Surprise comme vous d'un tel événement.
Elle en a de douleur perdu tout sentiment; Et sans doute le roi livrera la princesse Avant qu"on l'ait pu voir sortir de sa foiblesse.
PHINÉE
Eh bien ! mon amour seul saura jusqu'au trépas , Malgré tous....
ANDROMÈDE
Le roi vient; ne vous emportez pas SCENE IV.-CÉPHÉE, PHINÉE, ANDROMÈDE. PEI'vSÉE,