‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 123 sur 343 · ACTE m, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE I

Qu'un trisie honneur m'avoit fardée, Surprenantes horreurs, épouvantable idée,

Qui tantôt ne m'ébranliez pas, Que l'on vous conçoit mal quand on vous envisage

Avec un peu d'eloigneraent!

Qu'on vous méprise alors! qu'on vous brave aisément!

Mais que la grandeur de courage

Devient d'un difficile usage

Lorsqu'on touche au dernier moment I

Ici seule, et de toutes parts

A mon destin abandonnée; Ici que je n'ai plus ni parens . ni Phinée,

Sur qui détourner mes regards, L'attente de la mort de tout mon cœur s'emparo

Il n'a qu'elle à considérer; Et, quoi que de ce monstre il s'ose figurer,

Ma constance qui s'y prépare

Le trouve d'autant plus barbare

Qu'il diffère à me dévorer.

Étrange eflet de mes malheurs !

Mon âme traînante , abattue , N'a qu'un moment à vivre , et ce moment me tua

A force de vives douleurs.

Ma frayeur a pour moi mille mortelles feintes,

Cependant que la mort me fuit; Je pâme au moindre vent, je meurs au moindre bruit

Et mes espérances éteintes

N'attendent la fin de mes craintes

Que du monstre qui les produit.

Qu'il tarde à suivre mes désirs!

l'.t que sa cruelle paresse A ce cœur dont ma flamme est encor la maîtresso

Coûte d'amers et longs soupirs!

0 toi, dont jusqu'ici la douceur m'a suivie,

Va-t'en, souvenir indiscret; Et, cessant de me faire un entretien secret

De ce prince qui m'a servie,

Laisse-moi sortir de la vie

Avec un peu moins de regret.

C'est assez que tout l'univers

Conspire à faire mes supplices :

Ne les redouble point, toi qui fus mes délices,

En me montrant ce que je perds; Laisse-moi....

Corneille m lO

J(l6 ANDROMÈDE.

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