CHŒUR DE PEUPLE
CASSIOPE
Me voici, qui seule ai fait le crime; Me voici, justes dieux, prenez votre victime; S'il est quelque justice encore parmi vous, C'est à moi seule, à moi qu'est dû votre courroux. Punir les innocens, et laisser les coupables. Inhumains! est-ce en être, est-ce en être capables? A moi tout le supplice . à moi tout le forfait. Que faites-vous, cruels? qu'avez-vous presque fait? Andromède est ici vot-re plus rare ouvrage; Andromède est ici votre plus digne image; Elle rassemble en soi vos attraits divisés : On vous connoîtra moins si vous la détruisez.
Ah ! je découvre enfin d'où provient tant de haine ; Vous en êtes jaloux plus que je n'en fus vaine; Si vous la laissiez vivre, envieux tout-puissans, Eile auroit plus que vous et d'autels et d'encens; Chacun preféreroit le portrait au modèle , Et bientôt l'univers n'adoreroit plus qu'elle.
ANDROMÈLE.
En l'état où je suis le sort m'est-il trop doux, Si vous ne me donnez de quoi craindre pour vous? Faut-il encor ce comble à des malheurs extrêmes? Qu'espérez-vous, madame, à force de blasphèmes?
CASSIOPE
Attirer et leur monstre et leur foudre sur moi : Mais je ne les irrite, hélas! que contre toi; Sur ton sang innocent retombent tous mes crimes; Seule tu leur tiens lieu de mille autres victimes , Et pour punir ta mère ils n'ont, ces cruels dieux, Ni monstre dans la mer, ni foudre dans les cieux. Aussi savent-ils bien que se prendre à ta vie , C'est percer de mon cœur la plus tendre partie; Que je souffre bien plus en te voyant périr, Et qu'ils me feroient grâce en me faisant mourir. Ma fille, c'est donc là cet heureux hyménée, Cette illustre union par Vénus ordonnée , Qu'avecque tant de pompe il falloit préparer, Et que ces mêmes dieux dévoient tant honorer!
Ce que nos yeux ont vu n'étoit-ce donc qu'un songe, Déesse? ou ne viens-tu que pour dire un mensonge? Nous aurois-tu parlé sans l'aveu du Destin? Est-ce ainsi qu'à nos maux le ciel trouve une fin? Est-ce ainsi qu'Andromède en reçoit les caresses?