‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 126 sur 343 · AC1E III, SCÈNE I!I · texte numérisé non relu

AC1E III, SCÈNE I!I

TiMANTE , à la reine.

Voyez de quel effet notre attente est suivie, Madame; elle est sauvée, et le monstre est sans vie.

PEP^ÉE . ayant tué le monstre.

Rendez grâces au dieu qui m'en a fait vainqueur.

CASSIOPE

0 ciel ! que ne vous puis-je assez ouvrir mon cœur.

L'oracle de Vénus enfin s'est fait entendre :

Voilà ce dernier choix qui nous devoit tout rendre;

Et vous êtes, seigneur, l'incomparable époux

Par qui le sang des dieux se doit joindre avec nous.

Ne pense plus, ma fille, à ton ingrat Phinée; C'est à ce grand héros que le sort t'a donnée; C'est pour lui que le ciel te destine aujourd'hui; Il est digne de toi, rends-toi digne de lui.

PERSÉE

Il faut la mériter par mille autres services; Un peu d'espoir suffit pour de tels sacrifices. Princesse, cependant quittez ces tristes lieux, Pour rendre à votre cour tout l'éclat de vos yeux. Ces vents, ces mêmes vents qui vous ont enlevée, Vont rendre de tout point ma victoire achevée : L'ordre que leur prescrit mon père Jupiter Jusqu'en votre palais les force à vous porter , Les force à vous remettre où tantôt leur surprise....

ANDROMÈDE

D'une frayeur mortelle à peine encor remise , Pardonnez, grand héros, si mon étonnement N'a pas la liberté d'aucun remercîment.

PERSÉE

Venez, tyrans des mers, réparer votre crime, Venez restituer cette illustre victime; Méritez votre grâce, impétueux mutins.

Par votre obéissance au maître des destins.

(Les venls obéissent aussitôt à ce commanderacnt de Persée; et on les voit en un moment détacher celte princesse, et la reporter pardessus les Ilols jusqu'aux lieux d'où ils lavoienl apportée au commencement de cet acte. En même temps Persée revoie on haut sur son cheval ailé; et, après avoir fait un caracol admirable au milieu de l'air, il tire du même côté qu'on a vu disparoilre la prmcesse tandis qu'il vole , tout le rivage retentit de cris de joie et de chantde victoire.)

CASSIOPE, voyant Persée revoler en haut après sa victoire. Peuple, qu'à pleine voix l'allégresse publique Après un tel miracle en triomphe s'explique, Et fasse retentir sur ce rivage heureux L'immortelle valeur d'un bras si j,'énéreux.

150 ANDROMÈDE

CHŒUR

Le monstre est mort, crions victoire, Victoire tous, victoire à pleine voix; Que nos campagnes et nos bois Ne résonnent que de sa gloire. Princesse, elle vous donne enfin l'illustre épouï Qui seul étoit digne de vous.

Vous êtes sa digne conquête.

Victoire tous, victoire à son amour!

C'est lui qui nous rend ce beau jour,

C'est lui qui calme la tempête :

Et c'est lui qui vous c'onne enfin l'illustre époux

Qui seul étoit digne de vous.

CASSIOPE , après que Persée est disparu. Dieux l j'étois sur ces bords immobile de joie ! Allons voir où ces vents ont reporté leur proie , Embrasser ce vainqueur, et demander au roi L'effet du juste espoir qu'il a reçu de moi.

SCÈNE IV. — CYMODOGE , ÉPHYRE , CYDIPPE. [Ces trois néréides s'élèvent du milieu des flots.^

CYMODOCE.

Ainsi notre colère est de tout point bravée ; Ainsi notre victime à nos yeux enlevée Va croître les douceurs de ses contentemens Par le juste mépris de nos ressentimens.

ÉPHYRE.

Toute notre fureur, toute notre vengeance Semble avec son destin être d'intelligence, N'agir qu'en sa faveur; et ses plus rudes coups Ne font que lui donner un plus illustre époux.

CYDIPPE.

Le sort, qui jusqu'ici nous a donné le change, Immole à ses beautés le monstre qui nous venge, Du même sacrifice, et dans le même lieu, De victime qu'elle est, elle devient le dieu. Cessons dorénavant, cessons d'être immortelles. Puisque les immortels trahissent nos querelles. Qu'une beauté commune est plus chère à leurs yeux: Car son libérateur est sans doute un des dieux. Autre qu'un dieu n'eût pu nous ôter cette proie; Autre qu'un dieu n'eût pu prendre une telle voie; Et ce cheval ailé fût péri mille fois Avant que de voler sous un indigne poids.

CYMODOCE.

Oui, c'est sans doute un dieu qui vient de la défendre.

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