ACTE III, SCÈNE U
Si contre elle l'envie émeut quelques déesses, L'amour en sa faveur narme-t-il point de dieux? Sont-ils tous devenus ou sans cœur, ou sans yeux? Le maître souverain de toute la nature Pour de moindres beautés a changé de figure; Neptune a soupiré pour de moindres appas; Elle en montre à Phébus que Daphné n'avoit pas; Et l'Amour en Psyché voyoit bien moins de charmes, Quand pour elle il daigna se blesser de ses armes. Qui dérobe à tes yeux le droit de tout charmer, Ma fille? au vif éclat qu'ils sèment dans la mer, Les tritons amoureux, malgré leurs néréides, Devroient déjà sortir de leurs grottes humides, Aux fureurs de leur monstre à Tenvi s'opposer, Contre ce même écueil eux-mêmes l'écraser, Et de ses os brisés, de sa rage étouffée, Au pied de ton rocher t'élever un trophée.
ANDROMÈDE , voyaut Venir le monstre de loin. Renouveler le crime, est-ce pour les fléchir? Vous hâtez mon supplice au lieu de m'affranchir. Vous appelez le monstre. Ah ! du moins à sa vue Quittez la vanité qui m'a déjà perdue.
Il n'est mortel ni dieu qui m'ose secourir. Il vient; consolez-vous, et me laissez mourir.
CASSIOPE
Je le vois, c'en est fait. Parois du moins, Phinée, Pour sauver la beauté qui t'étoit destinée; Parois , il en est temps ; viens en dépit des dieux Sauver ton Andromède . ou périr à ses yeux ; L'amour te le commande, et l'honneur t'en convie; Peux-tu, si tu la perds, aimer encor la vie?
ANDROMÈDE
Il n'a manque d'amour , ni manque de valeur ; Mais sans doute . madame , il est mort de douleur Et comme il a du cœur et sait que je l'adore, U périroit ici , s'il respiroit encore.
CASSIOPE
Dis plutôt que l'ingrat n'ose te mériter. Toi donc, qui plus que lui t'osois tantôt vanter, Viens, amant inconnu, dont la haute origine, Si nous t'en voulons croire, est royale ou divine; Viens en donner la preuve, et, par un prompt secours. Fais-nous voir quelle foi l'on doit à tes discours; Supplante ton rival par une illustre audace; Viens à droit de conquête en occuper la place ; Andromède est à toi si tu l'oses gagner. Quoi! lâches, le péril vous la fait dédaigner
]\ éteint en tous deux ces flammes sans secondes! Allons, mon désespoir, jusqu'au milieu des ondes Faire servir l'effort de nos bras impuissans D'exemple et de reproche à leurs feux languissans; Faisons ce que tous deux devroient faire avec joie; Détournons sa fureur dessus une autre proie : Heureuse si mon sang la pouvoit assouvir ! Allons. Mais qui m'arrête? Ah! c'est mal me servir.
{On voit ici Persée descendre du haut des nues.)
SCÈNE !ÎI. — ANDROMÈDE, attachée au rocher; PERSÉE, en l'air, sur le cheval Pégase; CASSIOPE, TIMANTE et lu CHCEUR, sur le rivage.
TIMANTE, montrant Persée à Cassiope., et Vempéchant de se jeter à la mer.
Courez-vous à la mort quand on vole à votre aide? Voyez par quels chemins on secourt Andromède ; Quel héros, ou quel dieu sur ce cheval ailé....
CASSIOPE
Ail! c'est cet inconnu par mes cris appelé,
C'est lui-même, seigneur, que mon âme étonnée...,
PERSÉE, en Va\r, sur le Pégase.
Reine, voyez par là si je vaux bien Phinée, Si j'étois moins que lui digne de votre choix, Et si le sang des dieux cède à celui des rois.
CASSIOPE
Rien n'égale, seigneur, un amour si fidèle; Combattez donc pour vous en combattant pour elle : Vous ne trouverez point de sentimens ingrats.
PERSÉE, à Andromède.
Adorable princesse , avouez-en mon bras.
CHŒUR DE MUSIQUE, cependant que Persée combat le monstre Courage, enfant des dieux, elle est votre conquête; Et jamais amant ni guerrier Ne vit ceindre sa tête D'un si beau myrte ou d'un si beau laurier. UNE VOIX seule.
Andromède est le prix qui suit votre victoire : Combattez , combattez :
Et vos plaisirs et votre gloire Rendront jaloux les dieux dont vous sortez. LE CHŒUR répète.
Courage, enfant des dieux, elle est votre conquête; El jamais amant ni guerrier Ne vit ceiudre sa tête D'un si beau myrte ou d'un si beau laurier