ACTE IV, SCENE î
Je sens que mon espoir s'enfle de leur suffrage;
Mais je n'en veux enfin tirer autre avantage
Que de pouvoir ici faire hommage à vos yeux
Du clioix de vos parens, et du vouloir des dieux.
Ils vous donnent à moi, je vous rends à vous-même;
Et comme enfin c'est vous et non pas moi que j'aime,
J'aime mieux m'exposer à perdre un bien si doux,
Que de vous obtenir d'un autre que de vous.
Je garde cet espoir, et hasarde le reste,
Et, me soit votre choix ou propice ou funeste,
Je bénirai l'arrêt qu'en feront vos désirs ,
Si ma mort vous épargne un peu de déplaisirs.
Remplissez mon espoir ou trompez mon attente,
Je mourrai sans regret , si vous vivez contente ;
Et mon trépas n'aura que d'aimables momens,
S'il vous ôte un obstacle à vos contentemens.
ANDROMÈDE
C'est trop d'être vainqueur dans la même journée Et de ma retenue et de ma destinée.
Après que par le roi vos vœux sont exaucés, Vous parler d'obéir c'étoit vous dire assez : Mais vous voulez douter, afin que je m'explique, Et que votre victoire en devienne publique. Sachez donc...
PERSÉE
Non, madame : où j'ai tant d'intérêt, Ce n'est pas devant moi quïl faut faire l'arrêt. L'excès de vos bontés pourroit en ma présence Faire à vos sentimens un peu de violence ; Ce bras vainqueur du monstre, et qui vous rend le jour, Pourroit en ma faveur séduire votre amour; La pitié de mes maux pourroit même surprendre Ce cœur trop généreux pour s'en vouloir défendre; Et le moyen qu'un cœur ou séduit ou surpris Fût juste en ses faveurs, ou juste en ses mépris?
De tout ce que j'ai fait ne voyez que ma flamme; De tout ce qu'on vous dit ne croyez que votre âme; Ne me répondez point, et consultez-la bien; Faites votre bonheur sans aucun soin du mien : Je lui voudrois du mal s'il retranchoit du vôtre. S'il vous pouvoit coûter un soupir pour quelque autre, Et si, quittant pour moi quelques destins meilleurs, Votre devoir laissoit votre tendresse ailleurs. Je vous le dis encor dans ma plus douce attente, Je mourrai trop content, si vous vivez contente. Et si, l'heur de ma vie ayant sauvé vos jours, La gloire de ma mort assure vos amours.
154 ANDROMEDE
Adieu. Je vais attendre ou triomphe ou supplice, L'un comme effet de grâce . et l'autre de justice.
ANDROMÈDE
à. ces profonds respects qu'ici vous me rendez le ne réplique point, vous me le défendez; Mais, quoique votre amour me condamne au silence, Je vous dirai, seigneur, malgré votre défense, Qu'un héros tel que vous ne sauroit ignorer Qu'ayant tout mérité, l'on doit tout espérer.