‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 134 sur 343 · DE NYMPHES. SUITE DE PHINÉE · texte numérisé non relu

DE NYMPHES. SUITE DE PHINÉE

PHINÉE

Sur un bruit qui m'étonne, et que je ne puis croire, Madame, mon amour, jaloux de votre gloire. Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord. Par un change honteux, de l'arrêt de ma mort. Ja no suis point surpris que le roi. que la reine, Suivent les mouvemens d'une foiblesse humaine; Tout ce qui me surprend , ce sont vos volontés. On vous donne à Persée. et vous y consentez! Et toute votre foi demeure sans défense, Alors que de mon bien on fait sa récompense l

Oui, j'y consens, Phinée, et j'y dois consentir; Et quel que soit ce bien qu'il a su garantir. Sans vous faire injustice on en fait son salaire, Quand il a fait pour moi ce que vous deviez faire. De quel front osez-vous me nommer votre bien , Vous qu'on a vu tantôt n'y prétendre plus rien? Quoi! vous consentirez qu'un monstre me dévore, Et ce monstre étant mort je suis à vous encore ! Quand je sors de péril vous revenez à moi ! Vous avez de l'amour, et je vous dois ma foil C'étoit de sa fureur qu'il me falloit défendre. Si vous vouliez garder quelque droit d'y prétendre : Ce demi-dieu n'a fait, quoi que vous prétendiez. Que m'arracber au monstre à qui vous me cédiez.

156 ANDROMÈDE

Quittez donc cette vaine et téméraire idée; Ne me demandez plus quand vous m'avez cédée. Ce doit être pour vous même chose aujourd'hui, Ou de me voir au monstre, ou de me voir à lui.

PHI>'ÉE

Ou'ai-je oublié pour vous de ce que j'ai pu faire?

N'ai-je pas des dieux même attire la colère?

Lorsque je vis Êole armé pour m'en punir,

Fut-il en m.on pouvoir de vous mieux retenir?

N'eurent-ils pas besoin d'un éclat de tonnerre,

Ses ministres ailés, pour me jeter par terre?

Et voyant mes efforts avorter sans effets,

Quels pleurs n'ai-je versés, et quels vœux n'ai-je fait:.?

ANDROMÈDE

Vous avez donc pour moi daigné verser des larmes . Lorsque pour me défendre un autre a pris les armes ! Et dedans mon péril vos sentimens ingrats S'amusoient à des voeux quand il falloit des bras !

PHINÉE

Que pouvois-je de plus, ayant vu pour Nérée De vingt amans armés la troupe dévorée? Devois-je encor promettre un succès à ma main. Qu'on voyoit au-dessus de tout l'effort humain? Devois-je me flatter de l'espoir d'un miracle?

ANDROMÈDE

Vous deviez l'espérer sur la foi d'un oracle : Le ciel l'avoit promis par un arrêt si doux! Il l'a fait par un autre, et Tauroit fait par vous.

Mais quand vous auriez cru votre perte assurée, Du moins ces vingt amans dévorés pour Nérée Vous laissoient un exemple et noble et glorieux, Si vous n'eussiez pas craint de périr à mes yeux, lis voyoient de leur mort la même certitude; Mais avec plus d'amour et moins d'ingratitude. Tous voulurent mourir pour leur objet mourant. Que leur amour du vôtre étoit bien différent! L'effort de leur courage a produit vos alarmes. Vous a réduit aux vœux, vous a réduit aux larmes; Et, quoique plus heureuse en un semblable sort, Je vois d'un œil jaloux la gloire de sa mort. Elle avoit vingt amans qui voulurent la suivre. Et je n'en avois qu'un, qui m'a voulu survivre. Encor ces vingt amans, qui vous ont alarmé, N'étoient pas tous aimés, et vous étiez aimé: Ils n'avoient la plupart qu'une foible espérance, Et vous aviez. Phinée, une entière assurance: Vous possédiez mon cœur, vous possédiez ma foi;

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