‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 135 sur 343 · ACTE IV, SCÈNE ni · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE ni

N'étoit-ce point assez pour mourir avec moi? Pouviez-vous...?

Ah! de grâce, imputez-moi. madame, Les crimes les plus noirs dont soit capable une âme; Mais ne soupçonnez point ce malheureux amant De vous pouvoir jamais survivre un seul moment. J'épargnois à mes yeux un funeste spectacle . Où mes bras impuissans n'avoient pu mettre obstacle, Et tenois ma main prête à servir ma douleur Au moindre et premier bruit qu'eût fait votre malheur.

ANDROMÈDE

Et vos respects trouvoient une digne matière

A me laisser l'honneur de périr la première !

Ah! c'étoit à mes yeux qu'il falloit y courir.

Si vous aviez pour moi cette ardeur de mourir.

Vous ne me deviez pas envier cette joie

De voir offrir au monstre une première proie;

Vous m'auriez de la mort adouci les horreurs,

Vous m'auriez fait du monstre adorer les fureurs;

Et lui voyant ouvrir ce gouffre épouvantable.

Je l'aurois regardé comme un port favorable .

Comme un vivant sépulcre où mon cœur amoureux

Eût brûlé de rejoindre un amant généreux.

J'aurois désavoué la valeur de Persée ;

En me sauvant la vie il m'auroit offensée:

Et de ce même bras qu'il m'auroit conservé

Je vous immolerois ce qu'il m'auroit sauvé.

Ma mort auroit déjà couronné votre perte.

Et la bonté du ciel ne l'auroit pas soufferte;

C'est à votre refus que les dieux ont remis

En de plus dignes mains ce qu'ils m'avoient promis.

Mon cœur eût mieux aimé le tenir de la vôtre;

Mais je vis par un autre, et vivrai pour un autre.

Vous n'avez aucun lieu d'en devenir jaloux.

Puisque sur ce rocher j'étois morte pour vous :

Qui pouvoit le souffrir peut me voir sans envie

Vivre pour un héros de qui je tiens la vie;

Et quand l'amour encor me parleroit pour lui,

Je ne puis disposer des conriuêtes d'autrui.

Adieu.

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