‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 187 sur 343 · SCENE I.-D. ALVAR, D. ELVIRE · texte numérisé non relu

SCENE I.-D. ALVAR, D. ELVIRE

D. ALVAR

Enfin, après un sort à mes vœux si contraire, Je dois bénir le ciel qui vous renvoie un frère; Puisque de notre reine il doit être l'époux, Cette heureuse union me laisse tout à vous. Je me vois affranchi d'un honneur tyrannique, D'un joug que m'imposoit cette faveur publique, D'un choix qui me l'orcoit à vouloir être roi : Je n'ai plus de combat à faire contre moi, Plus à craindre le prix d'une triste victoire; Et l'infidélité que vous faisoit ma gloire Consent que mon amour, de ses lois dégagé, Vous rende un inconstant qui n'a jamais changé.

D. ELVIRE

Vous êtes généreux, mais votre impatience

Sur un bruit incertain prend trop de confiance;

Et cette prompte ardeur de rentrer dans mes fers

Me console trop tôt d'un trône que je perds.

Ma perte n'est encor qu'une rumeur confuse

Qui du nom de Carlos, malgré Carlos, abuse;

Et vous ne savez pas, à vous en bien parler,

Par quelle ofl're et quels vœux on m'en peut consoler.

Plus que vous ne pensez la couronne m'est chère:

Je perds plus qu'on ne croit, si Carlos est mon frère.

Attendez les effets que produiront ces bruits;

Attendez que je sache au vrai ce que je suis,

Si le ciel m'ôle ou laisse enfin le diadème ,

S'il vous faut m'obtenir d'un frère ou de moi-même,

Si, par l'ordre d'autrui. je vous dois écouter,

Ou si j'ai seulement mon cœur à consulter.

D. ALVAR

Ah ! ce n'est qu'à ce cœur que le mien vous demande, Madame, c'est lui seul que je veux qui m'entende; Et mon propre bonheur m'accableroit d'enniii. Si je n'étois à vous que par l'ordre d'autrui. ?ourrois-je de ce frère implorer la puissance Pour ne vous obtenir que par obéissance, Et. par un lâche abus de son autorité, M'elever en tyran sur votre volonté?

D. ELVIRE

4vec peu de r?ison vous craignez qu'il arrive

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