‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 202 sur 343 · SCÈNE I. ~ NICOMEDE, LAODIGE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. ~ NICOMEDE, LAODIGE

LAODICE

Après tant de hauts faits, il m'est bien doux, seigneur t

De voir eucor mes yeux régner sur votre cœur;

De voir, sous les lauriers qui vous couvrent la tête,

Un si grand conquérant être encor ma conquête.

Et de toute la gloire acquise à ses travaux

Faire un illustre hommage à ce peu que je vaux.

Quelques biens toutefois que le ciel me renvoie,

Mon cœur épouvanté se refuse à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur amoureux

Trouve la cour pour vous un séjour dangereux.

Votre marâtre y règne, et le roi votre père

Ne voit que par ses yeux, seule la considère,

Pour souveraine loi n'a que sa volonté :

Jugez après cela de votre sûreté.

La haine que pour vous elle a si naturelle

A mon occasion encor se renouvelle.

Votre frèra.son fils, depuis peu de retour....

NICOMÈDE

Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour.

Je sais que les Romains, qui l'avoient en otage.

L'ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage;

Que ce don à sa mère étoit le prix fatal

Dont leur Flaminius marchandoit Anninai:

Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme,

S'il n'eût par le poison lui-même évité Rome,

Et rompu par sa mort les spectacles pompeux

Où l'effroi de son nom le destinoit chez eux.

Par mon dernier combat je voyois réunie

La Cappadoce entière avec la Bithynie ,

Lorsqu'à cette nouvelle, enflammé de courroux

D'avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous,

J'ai laissé mon armée aux mains de Théagène.

Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin, madame, et je le voi,

Puisque Flaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause.

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter,

Pour aider à mon frère à vous persécuter.

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