‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 215 sur 343 · ACTE II, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE m

NICÛMÈDE.

le vôtre toutefois m'ouvrira seul la bouche. De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat. Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre État? Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépult'ire, Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature.

PRUSIAS

Four de pareils amis il faut se faire effort.

NICOMÈDE

Qui partage vos biens aspire à votre mcrt; Et de pareils amis, en bonne politique....

PRUSI.\S.

Ah! ne me brouillez point avec la république; Portez plus de respect à de tels alliés.

NICOMÈDE

Je ne puis voir sous eux les rois humiliés; Et, quel que soit ce fils que Rome vous renvoie, Seigneur, je lui rendrois son présent avec joie. S'il est si bien instruit en l'art de commander, C'est un rare trésor qu'elle devroit garder, Et conserver chez soi sa chère nourriture, Ou pour le consulat, ou pour la dictature. FLAMiNius, à Prusias.

Seigneur, dans ce discours qui nous traite si mal, Vous voyez un effet des leçons d'Annibal; Ce perfide ennemi de la grandeur romaine N'en a mis en son cœur que mépris et que haine.

Non. mais il m'a surtout laissé ferme en ce point, D'estimer beaucoup Rome, et ne la craindre point. On me croit son disciple, et je le tiens à gloire; Et quand Flaminius attaque sa mémoire, Il doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître au secours du poison, Et n'oublier jamai.' qu'autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome.

FLAMINIUS

Ah ! c'est trop m'outrager !

NICOMÈDE

N'outragez plus les morts.

PRUSIAS

Et vous, ne cherchez point à former de discords; Parlez, et nettement, sur ce qu'il me propose.

NIIOMÈDE.

Eh bien! s'il est besoin de répondre autre chose,

Attale doit régner, Rome l'a résolu;

Et, puisqu'elle a partout un pouvoir absolu.

252 NICOMEDÈ,.

C'est aux rois d'obéir alors qu'elle commande.

Attale a le cœur çrand. l'esprit grand, l'àme grande. Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi. Mais c'est trop que d'en croire un Romain sur sa foi; Par quelque grand effet voyons s'il en est digne, S'il a cette vertu , cette valeur insigne : Donnez-lui votre armée, et voyons ces grands coups; Qu'il en fasse pour lui ce que j'ai fait pour vous; Qu'il règne avec éclat sur sa propre conquête , Et que de sa victoire il couronne sa tète. Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant, S"il daigne s'en servir, être son lieutenant. L'exemple des Romains m'autorise à le faire; Le fameux Scipion le fut bien de son frère; Et lorsque Antiochus fut par eux détrôné, Sous les lois du plus jeune on vit marcher l'aîné. Les bords de IHellespont, ceux de la mer Egée, Les restes de l'Asie à nos côtés rangée , Offrent une matière à son ambition....

FLAMINIUS

Rome prend tout ce reste en sa protection: Et vous n'y pouvez plus étendre vos conquêtes Sans attirer sur vous d'effroyables tempêtes.

NICOMÈDE

J'ignore sur ce point les volontés du roi : Mais peut-être qu'un jour je fJépendrai de moi; Et nous verrons alors l'effet de ces menaces.

Vous pouvez cependant faire munir ces places, Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins , Disposer de bonne heure un secours de Romains; Et si Flaminius en est le capitaine, Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.

PRUSIAS

Prince . vous abusez trop tôt de ma bonté :

Le rang d'ambassadeur doit être respecté:

Et l'honneur souverain qu'ici je vous défère....

NICOMÈDE

Ou laissez-moi parler, sire, ou faites-moi taire. Je ne sais point répondre autrement pour un roi A qui dessus son trône on veut faire la loi.

PRUSIAS

Vous m'offensez moi-même en parlant de la sorte. Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte.

NICO.MÈDE

Quoi! je verrai, seigneur, qu'on borne vos États, Qu'au milieu de ma course on m'arrête le bras, Que de vous menacer on a même l'audace.

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