‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 216 sur 343 · ACTE n, SCENE IH · texte numérisé non relu

ACTE n, SCENE IH

Et je ne rendrai point menace pour menace!

Et je remercierai qui me dit hautement

Qu'il ne m'est plus permis de vair.cre impunément!

PRUSiAS, à Flaminius.

Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge; Le temps et la raison pourront le rendre sage.

NICOMÈDE

La raison et le temps m'ouvrent assez les yeux, Et l'âge ne fera que me les ouvrir mieux. Si j'avois jusqu'ici vécu comme ce frère, Avec une vertu qui fût imaginaire ( Car je l'appelle ainsi quand elle est sans effets; Et l'admiration de tant d'hommes parfaits Dont il a vu dans Rome éclater le mérite. N'est pas grande vertu si l'on ne les imite); Si j'avois donc vécu dans ce même repos Qu'il a vécu dans Rome auprès de ses héros. Elle me lai-seroit la Bithynie entière.

Telle que de tous temps l'aîné la tient d'un père, Et s'empresseroit moins à le faire régner. Si vos armes sous moi n'avoient su rien gagner : Mais parce qu'elle voit avec la Bithynie Par trois sceptres conquis trop de puissance unie, II faut la diviser: et, dans ce beau projet. Ce prince est trop bien né pour vivre mon sujet 1 Puisqu'il peut la servir à me faire descendre . Il a plus de vertu que n'en eut Alexandre : Et je lui dois quitter, pour le mettre en mon rang, Le bien de mes aïeux, ou le prix de m:n sang. Grâces aux immortels, l'effort de mon courage Et ma grandeur fuiure ont mis Rome en ombrage : Vous pouvez l'en guérir, seigneur, et promptement; Mais n'exigez dun fils aucun consentement: Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse.

FLAMINIUS

A ce que je puis voir, vous avez combattu,

Prince, par intérêt, plutôt que par vertu.

Les plus rares exploits que vous ayez pu faire

N'ont jeté qu'un dépôt sur la tète d'un père ;

Il n'est que gardien de leur illustre prix,

Et ce n'est que pour vous que vous avez conquis,

Puisque cette grandeur à son trône attachée

Sur nul autre que vous ne peut être épanchée.

ilertes , je vous croyois un peu plus généreux :

ôuand les Romains le sont, ils ne font rien pour eur.

Scipion , dont tantôt ''vus rajitiez le courage .

254 NICOMEDE

Ne vouloil point régner sur les murs de Carthage; Et de tout ce qu'il fit pour l'empire romain Il n'en eut que la gloire et le nom d'Africain. Mais on ne voit qu'à Rome une vertu si pure; Le reste de la terre est d'une autre nature.

Quant aux raisons d'Etat qui vous font concevoir Que nous craignons en vous l'union du pouvoir, Si vous en consultiez des tètes bien sensées, Elles vous déferoient de ces belles pensées : Par respect pour le roi je ne dis rien de plus. Prenez que'que loisir de rêver là-dessus; Laissez moins de fumée à vos feux militaires, Et vous pourrez avoir des visions plus claires.

NICOMÈDE

Le temps pourra donner quelque décision Si la pensée est belle, ou si c'est vision. Cependant....

FLAMINIUS

Cependant , si vous trouvez des charmes A pousser plus avant la gloire de vos armes, Nous ne la bornons point; mais, comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis, Si vous ne le savez, je veux bien vous l'apprendre, Et vous en donne avis pour ne vous pas surprendre.

Au reste, soyez sûr que vous posséderez Tout ce qu'en votre cœur déjà vous dévorez; Le Pont sera pour vous avec la Galatie, Avec la Cappadoce , avec la Bithynie.

Ce bien de vos aïeux, ce prix de votre sang, Ne mettront point Attale en votre illustre rang; Et, puisque leur partage est pour vous un supplice, Rome n'a pas dessein de vous faire injustice. Ce prii.ce régnera sans rien prendre sur vous. ( A Prusias. )

La reine d'Arménie a besoin d'un époux, Seigneur; l'occasion ne peut être plus belle; Elle vit sous vos lois, et vous disposez d'elle.

NICOMÈDE

Voilà le vrai secret de faire Attale roi,

Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi.

La pièce est délicate, et ceux qui l'ont tissue

A de si longs détours font une digne issue.

Je n'y réponds qu'un mot, étant sans intérêt.

Traitez cette princesse en reine comme elle est : Ne touchez point en elle aux droits du diadème; Ou pour les maintenir je périrai moi-même. Je vous en donne avis, et que jamais les rois,

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