‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 226 sur 343 · ACTE m, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VI

Je vous avois prié de l'attaquer de même, Et de ne mêler point surtout dans vos desseins Ni le secours du roi, ni celui des Romains. Mais, ou vous n'avez pas la m .moire fort ijonne, Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne.

ATTALE

Seigneur, vous me forcez à m'en souvenir mal, Quand vous n'achevez pas de rendre tout éga'. Vous vous défaites bien de quelques droils d'aînesse: Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse, De toutes les vertus qui vous en font aimer, Des hautes qualités qui savent tout charmer, De trois sceptres conquis, du gain de six batailles, Des glorieux assauts de plus de cent murailles? Avec de tels seconds rien n'est pour vous douteux. Rendez donc la princesse égale entre nous deux : Ne lui laissez plus voir ce long amas de gloire Qu'à pleines mains sur vous a versé la victoire; Et faites qu'elle puisse oublier une fois Et vos rares vertus, et vos fameux exploits; Ou contre son amour, contre votre vaillance, Souffrez Rome et le roi dedans l'autre balance : Le peu qu'ils ont gagné vous fait assez juger Qu'ils n'y mettront jamais qu'un contre-poids léger.

NICOMÈDE

C'est n'avoir pas perdu tout votre temps à Rome , Que vous savoir ainsi défendre en galant homme : ■Vous avez de l'esprit , si vous n'avez du cœur.

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