ACTE IV, SCÈNE II
Envoyez Métrobate et Zenon au supplice.
Sa gloire attend de vous ce digne sacrifice :
Tous deux l'ont accusée: et s'ils s'en sont dédits
Pour la faire innocente et charger votre fils,
Ils n'ont rien fait pour eux, et leur mort est trop juste
Après s'être joués d'une personne auguste.
L'oiïense une fois faite à ceux de notre rang
N'e se répare point que par des flots de sang:
On n'en fut jamais quitte ainsi pour s'en dédire.
Il faut sous les tourmens que l'imposture expire;
Ou vous exposeriez tout votre sang royal
A. la légèreté d'un esprit déloyal.
L'exemple est dangereux et hasarde nos vies,
S'il met en sûreté de telles calomnies.
ARSINOÉ
Quoi! seigneur, les punir de la sincérité
Qui soudain dans leur bouche a mis la vérité,
Qui vous a contre moi sa fourbe découverte.
Qui vous rend votre femme et m'arrache à ma perto,
Qui vous a retenu d'en prononcer l'arrêt:
Et couvrir tout cela de mon seul inlérèl!
C'est être trop adroit, prince, et trop bien l'entendre.
PRUSIAS
Laisse là Métrobate . et songe à te défendre. Purge-toi d'un forfait si honteux et si bas.
KICOMÈDE.
M'en purger! moi, seigneur! vous ne le croyez pas! Vous ne savez que trop qu'un homme de ma sorte. Quand il se rend coupable, un peu plus haut se porte • Qu'il lui faut un grand crime à tenter son devoir, Où sa gloire se sauve à l'ombre du pouvoir.
Soulever votre peuple , et jeter votre armée Dedans les intérêts d'une reine opprimée; Venir, le bras levé, la tirer de vos mains, Malgré l'amour d'Attale et l'effort des Romains, Et fondre en vos pays contre leur tyrannie Avec tous vos soldats et toute l'Arménie, C'est ce que pourroit faire un homme tel que moi, S'il pouvoit se résoudre à vous manquer de foi. La fourbe n'est le jeu que des petit'gs 4mes, Et c'est là proprement le partage des femmes.
Punissez donc, seigneur, Métrobate et Zenon; Pour la reine ou pour moi, faites-vous-en raison. A ce dernier moment la conscience presse; Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse; Et ces esprits légers, approchant des abois, Puurroient bien se dédire une seconde fois.
270 NICOMÈDE
A.RSINOÉ.
Seigneur....
NICOMÈDE
Parlez, madame, et dites quelle cause A leur juste supplice obstinément s'oppose; Ou laissez-nous penser qu'aux portes du trépas Ils auroient des remords qui ne vous plairoient pas.
ARSINOÉ
Vous voyez à quoi point sa haine m'est cruelle;
Quand je le justifie, il me fait criminelle :
Mais sans doute, seigneur, ma présence l'aigrit,
Et mon éloignement remettra son esprit;
Il rendra quelque calme à son cœur magiianime,
Et lui pourra sans doute épargner plus d'un crime.
Je ne demande point que par compassion Vous assuriez un sceptre à ma protection, Ni que, pour garantir la personne d'Attale, Vous partagiez entre eux la puissance royale : Si vos amis de Rome en ont pris quelque soin, C'étoit sans mon aveu, je n'en ai pas besoin. Je n'aime point si mal que de ne vous pas suivre, Sitôt qu'entre mes bras vous cesserez de vivre; Et sur votre tombeau mes premières douleurs Verseront tout ensemble et mon sang et mes pleurs.
PRUSIAS
Ahl madame!
ARSINOÉ
Oui , seigneur , cette heure infortunée Par vos derniers soupirs clora ma destinée ; Et, puisque ainsi jamais il ne sera mon roi, Qu'ai-je à craindre de lui? que peut-il contre moi? Tout ce que je demande en faveur de ce gage , De ce fils qui déjà lui donne tant d'ombrage, C'est que chez les Romains il retourne achever Des jours que dans leur sein vous fîtes élever, Qu'il retourne y traîner, sans péril et sans gloire, De votre amour pour moi Timpuissante mémoire. Ce grand prince vous sert, et vous servira mieux Quand il n'aura plus rien qui lui blesse les yeux : Et n'appréhendez point Rome ni sa vengeance ; Contre tout son pouvoir il a trop de vaillance : Il sait tous les secrets du fameux Annibal, De ce héros à Rome en tous lieux si fatal, Que l'Asie et l'Afrique admirent l'avantage Qu'en tire Antiochus, et qu'en reçut Carthage.
Je me retire donc, afin qu'en liberté Les tendresses du sang pressent votre bonté;