SCENE I. - ARSINOÉ , ATTALE
ARSINOÉ
J'ai prévu ce tumulte, et n'en vois rien à craindre;
Comme un moment l'allume, un moment peut l'éteindre,
Et , si l'obscurité laisse croître ce bruit ,
Le jour dissipera les vapeurs de la nuit.
Je me fâche bien moins qu'un peuple se mutine
Que de voir que ton cœur dans son amour s"obstine,
El d'une indigne ardeur lâchement embrasé.
Ne rend point de mépris à qui t'a méprisé.
Venge-toi d'une ingrate, et quitte une cruelle,
A présent que le sort t'a mis au-dessus d'elle.
Son trône, et non ses yeux, avoit dû te charmer:
Tu vas régner sans elle; à quel propos l'aimer?
Porte, porte ce cœur à de plus douces chaînes.
Puisque te voilà roi, l'Asie a d'autres reines,
Qui, loin de te donner des rigueurs à souffrir,
T'épargneront bientôt la peine de t'offrir.
ATTALE
Mais, madame....
ARSINOÉ
Eh bien! soit, je veux qu'elle se rende : Prévois-tu les malheurs qu'ensuite j'appréhende? Sitôt que d'Arménie elle t'aura fait roi. Elle t'engagera dans sa haine pour moi. Mais , ô dieux 1 pourra-t-elle y borner sa vengeance? Pourras-tu dans son lit dormir en assurance? Et refusera-t-elle à son ressentiment Le fer ou le poison pour venger son amant? Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie?
ATTALE
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie! Rome . qui n'aime pas à voir un puissant roi . L'a craint en Nicomède, et le craindroit en moi. Je ne dois plus prétendre à l'hymen d'une reine, Si je ne veux déplaire à notre souveraine ; Et puisque la fâcher ce seroit me trahir , Afin qu'elle me souffre , il vaut mieux obéir.