ACTE V, SCÈNE I
Je sais par quels moyens sa sagesse profonde
S'achemine à grands pas à l'empire du monde.
Aussitôt qu'un État devient un peu trop grand,
Sa chute doit guérir l'ombrage qu'elle en prend.
C'est blesser les Romains que faire une conquête,
Que mettre trop de bras sous une seule tète;
Et leur guerre est trop juste , après cet attentat
Que fait sur leur grandeur un tel crime d'État.
Eux. qui pour gouverner sont les premiers des hommes.
Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous sommes,
Veulent sur tous les rois un si haut ascendant
Que leur empire seul demeure indépendant.
Je les connois . madame , et j'ai vu cet ombrage
Détruire Antiochus, et renverser Carthage.
De peur de choir comme eux. je veux bien m'abaisser,
Et cède à des raisons que je ne puis forcer.
D'autant plus justement mon impuissance y cède,
Que je vois qu'en leurs mains on livre Nicomède.
Un si grand ennemi leur répond de ma foi;
C'est un lion tout prêt à déchaîner sur moi.
ARSINOÉ
C'e'st de quoi je voulois vous faire confidence : Mais vous me ravissez d'avoir cette prudence. Le temps pourra changer: cependant prenez soin D'assurer des jaloux dont vous avez besoin.