‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 244 sur 343 · SCÈNE VI. — ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE

ARSINOÉ

La cause de nos maux doit-elb être impunie?

LAODICE

Non, madame; et, pour peu qu'elle ait dambition, Je vous réponds déjà de sa punition.

ARSINOÉ

Vous qui savez son crime , ordonnez de sa peine.

LAODICE

Un peu d'abaissement suffit pour une reine : C"est déjà trop de voir son dessein avorté.

ARSINOÉ

Dites, pour chUiment de sa témérité.

Qu'il lui faudroit du front tirer le diadème.

LAODICE

Parmi les généreux il n'en va pas de même; Us savent oublier quand ils ont le dessus , Et ne veulent que voir leurs ennemis confus.

ARSINOÉ

Ainsi qui peut vous croire, aisément se contento.

LAODICE

J^e ciel ne ma pas fait l'âme plus violente.

ARSINOÉ

Soulever des sujets contre leur souverain. Leur mettre à tous le fer et la fiamrae en la main . Jusque dans le palais pousser leur insolence, Vous appelez cela fort peu de violence?

LAODICE

Nous nous entendons mal, madame; et je le voi,

Ce que je dis pour vous, vous l'expliquez pour moi.

Je suis hors de souci pour ce qui me regarde;

Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma garde,

Pour ne hasarder pas en vous la majesté

Au manque de respect d'un grand peuple irrité.

282 NICOMÈDE

Faites venir le roi, rappe'.ez votre Attale, Que je conserve en eux la dignité royale : Ce peuple en sa fureur peut les connoitre mal.

ARSINOÉ

Peut-on voir un orgueil à votre oreueil égal! Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive; Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive; Vous, qui me répondrez au prix de votre sang De tout ce qu'un tel crime attente sur mon rang, Vous me parlez encore avec la même audace Que si j'avois besoin de vous demander grâce!

LAODICE

Vous obstiner, madame, à me parler ainsi.

C'est ne vouloir pas voir que je commande ici,

Que, quand il me plaira, vous serez ma victime.

Et ne m'imputez point ce grand désordre à crime :

Votre peuple est coupable, et dans tous vos sujets

Ces cris séditieux sont autant de forfaits;

Mais pour moi, qui suis reine, et qui, dans nos querelles,

Pour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles,

Par le droit de la guerre il fut toujours permis

D'allumer la révolte entre ses ennemis :

M'enlever mon époux, c'est vous faire la mienne.

ARSINOÉ

Je la suis donc, madame; et quoi qu'il en avienne, Si ce peuple une fois enfonce le palais , C'est fait de votre vie, et je vous le promets.

LAODICE

Vous tiendrez mal parole, ou bientôt sur ma tombe Tout le sang de vos rois servira d'hécatombe. Mais avez-vous encor parmi votre maison Quelque autre Méirobate , ou quelque autre Zenon? N'appréhendez-vous point que tous vos domestiques Ne soient déjà gagnes par mes sourdes pratiques? En savez-vous quelqu'un si prêt à se trahir, Si las de vo.r le jour, que de vous obéir?

Je ne veux point régner sur votre Bithynie : Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie; Et, pour voir tout d'un coup vos malheurs terminés. Rendez-moi cet époux qu'en vain vous retenez.

ARSINOÉ

Sur le chemin de Rome il vous faut l'aller prendre; Flaminius l'y mène, et pourra vous le rendre : Mais hâtez-vous, de grâce, et faites bien ramer, Car déjà sa galère a pris le large en mer.

LAODICE

Ah! si je le croyoisl...

Page 1