ACTE I, SCÈNE I
Pour ne mériter pas son frère pour sujet. Ce n'est pas attenter aux droits d'une couronne Qu'en conserver la part qu'un père nous en donne; De son dernier vouloir c'est se faire des lois, Honorer sa mémoire, et défendre son choix.
UNULPHE.
Puisque vous le voulez, j'excuse son courage; Mais condamnez du moins l'auteur de ce partage, Dont l'amour indiscret pour des fils généreux, Les faisant tous deux rois, les a perdus tous deux. Ce mauvais politique avoit dû reconnoître Que le plus grand État ne peut souffrir qu'un maître, Que les rois n'ont qu'un trône et qu'une majesté, Que leurs enfans entre eux n'ont point d'égalité, Et qu'enfin la naissance a son ordre infaillible, Qui fait de leur couronne un point indivisible.
KODELINDE.
Et toutefois le ciel par les événemens
Fit voir qu'il approuvoit ses justes sentimens.
Du jaloux Gundebert l'ambitieuse haine
Fondant sur Pertharite y trouva tôt sa peine.
Une bataille entre eux vidoit leur différend;
Il en sortit défait, il en sortit mourant :
Son trépas nous laissoit toute la Lombardie,
Dont il nous envioit une foible partie ;
Et j'ai versé des pleurs qui n'auroient pas coulé,
Si votre Grimoald ne s'en fût point mêlé.
Il lui promit vengeance , et sa main plus vaillante
Rendit après sa mort sa haine triomphante :
Quand nous croyions le sceptre en la nôtre affermi,
Nous changeâmes de sort en changeant d'ennemi;
ît, le voyant régner où régnoient les deux frères,
.ugez à qui je puis imputer nos misères.
UNULPHE.
Ixcusez un amour que vos yeux ont éteint : Sn cœur pour Éduige en étoit lors atteint; E, pour gagner la sœur à ses désirs trop chère, Ilfallut épouser les passions du frère.
Ilirma ses sujets, plus pour la conquérir. Qià dessein de vous nuire ou de le secourir. Jors qu'il arriva, Gundebert rendoit l'âme, Etiut en ce moment abuser de sa flamme, «len, dit-il, que je touche à la fin de mes jours, Vos n'avez pas en vain amené du secours; Manort vous va laisser ma sœur et ma querelle; Si >)us l'osez aimer, vous combattrez pour elle.» Il 1. proclame reine-, et sans retardement
Les chefs et le> soldats ayant prêté serment.
Il en prend d'elle un autre, et de mon prince même:
a Pour montrer à tous deux à quel point je vous aime.
Je vous donne, dit-il, Grimoald pour époux,
Mais à condition qu'il soit digne de vous;
Et vous ne croirez point, ma sœur, qu'il vous mérito,
Qu'il n'ait vengé ma mort, et détruit Pertharite,
Qu'il n'ait conquis Milan . qu'il n'y donne la loi.
A la main d'une reine il faut celle d'un roi. »
Voilà ce qu'il voulut, voilà ce qu'ils jurèrent,
Voilà sur quoi tous deux contre vous s'animèrent.
Non que souvent mon prince, impatient amant.
N'ait voulu prévenir l'effet de son serment :
Mais contre son amour la princesse obstinée
A toujours opposé la parole donnée;
Si bien que, ne voyant autre espoir de guérir,
11 a fallu sans cesse et vaincre et conquérir.
Enfin, après deux ans, Milan par sa conquête Lui donnoit Éduige en couronnant sa tête. Si ce même Milan dont elle étoit le prix N'eût fait perdre à ses yeux ce qu'ils avoient conquia. Avec un autre sort il prit un cœur tout autre; Vous fûtes sa captive , et le fîtes le vôtre ; Et la princesse alors par un bizarre effet, Pour l'avoir voulu roi , le perdit tout à fait. Nous le vîmes quitter ses premières pensées , N'avoir plus pour l'hymen ces ardeurs empressées, Éviter Eduige, à peine lui parler, Et sous divers prétexte à son tour reculer. Ce n'est pas que longtemps il n'ait tâché d'éteindre Un feu dont vos vertus avoient lieu de se plaindre; Et tant que dans sa fuite a vécu voire époux , N'étant plus à sa sœur, il n'osoit être à vous : Mais sitôt que sa mort eut rendu légitime Cette ardeur qui n'étoit jusque-là qu'un doux crime...