‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 250 sur 343 · SCÈNE I. — RODELINDE. UNULPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — RODELINDE. UNULPHE

RODELINDE.

Oui, l'honneur qu'il me rend ne fait que m'outrager; le TOUS le dis encor, rien ne peut me changer;

Ses conquêtes pour moi sont des objets de haine; L'hommage qu'il m'en fait renouvelle ma peine, Et, comme son amour redouble mon tourment, Si je le hais vainqueur, je le déteste amant. Voilà quelle je suis, et quelle je veux être, Et ce que vous direz au comte votre maître.

UNULPHE.

Dites au roi, madame.

EODELINDE.

Ah ! je ne pense pas Que de moi Grimoald exige un cœur si bas; S'il m'aime, il doit aimer cette digne arrogance Qui brave ma fortune et remplit ma naissance. Si d'un roi malheureux et la fuite et la mort L'assurent dans son trône à titre du plus fort, Ce n'est point à sa veuve à traiter de monarque Un prince qui ne l'est qu'à cette triste marque. Qu'il ne se flatte point d'un espoir décevant : Il est toujours pour moi comte de Bénévent, Toujours l'usurpateur du sceptre de nos pères, Et toujours, en un mot, l'auteur de mes misères.

UNULPHE.

C'est ne connoître pas la source de vos maux, Que de les imputer à ses nobles travaux; Laissez à sa vertu le prix qu'elle mérite, Et n'en accusez plus que votre Pertharite. Son ambition seule....

RODELINDE.

Unulphe, oubliez-vous Que vous parlez à moi, qu'il étoit mon époux?

UNULPHE.

Non : mais vous oubliez que, bien que la naissance

Donnât à son aîné la suprême puissance,

11 osa toutefois partager avec lui

Un sceptre dont son bras de voit être l'appui;

Qu'on vit alors deux rois en votre Lombardie,

Pertharite à Milan, Gundebert à Pavie,

Dont ce dernier, piqué par un tel attentat,

Voulut entre ses mains réunir son Etat,

Et ne put voir longtemps en celles de son frère....

Dites qu'il fut rebelle aux ordres de son père.

Le roi, qui connoissoit ce qu'ils valoient tous deux,

Mourant entre leurs bras, fit ce partage entre eux:

Il vit en Pertharite une âme trop royale

Pour ne lui pas laisser une fortune égale;

Et vit en Gundebert un cœur assez abject

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