SCÈNE III. — GRIMOALD, RODELINDE, ÉDUIGE, GARIBALDE, UNULPHE
RODELINDE.
Approche, Grimoald, et dis à ta jalouse, A qui du moins ta foi doit le titre d'épouse, Si , depuis que pour moi je t'ai vu soupirer, Jaraiis d'un seul coup dœil je t'ai fait espérer; Ou, si tu veux laisser pour éternelle gêne A cette ambitieuse une fraveur si vaine,
âÛO PERTHARITE.
Dis-moi de mon époux le déplorable sort :
II vit. il vit encor, si j'en crois son rapport;
De ses derniers honneurs les magnifiques pompes
Ne sont qu'illusions avec quoi tu me trompes;
Et ce riche tombeau que lui fait son vainqueur
N'est qu'un appât superbe à surprendre mon cœur.
GRIMOALD
Madame, vous savez ce qu'on m'est venu dire, Qu'allant de ville en ville et d'empire en empire Contre Êduige et moi mendier du secours, Auprès du roi des Huns il a fini ses jours : Et si depuis sa mort j'ai lâché de vous rendre....
RODELINDE.
Qu'elle soit vraie ou non, tu n'en dois rien atlendre.
Je dois à sa mémoire, à moi-même, à son fils.
Ce que je dus aux nœuds qui nous avoient unis;
Ce n'est qu'à le venger que tout mon cœur s'applique
Et. puisqu'il faut enfin que tout ce cœur s'explique,
Si je puis une fois échapper de tes mains.
J'irai porter partout de si justes desseins:
J'irai dessus ses pas aux deux bouts de la terre
Chercher des ennemis à te faire la guerre :
Ou, s'il me faut languir prisonnière en ces lieux,
Mes vœux demanderont cette vengeance aux cieut,
Et ne cesseront point jusqu'à ce que leur foudre
Sur mon trône usurpé brise ta tête en poudre.
Madame, vous voyez avec quels sentimens Je mets ce grand obstacle à vos contentemens. Adieu. Si vous pouvez, conservez ma couronne, Et regagnez un cœur que je vous abandonne.