‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 265 sur 343 · SCENE V. — GRIMOALD, RODELINDE . GARIBALDE, UNULPHE · texte numérisé non relu

SCENE V. — GRIMOALD, RODELINDE . GARIBALDE, UNULPHE

GRIMOALD

Madame . il est donc vrai que votre âme sensible A la compassion s'est rendue accessible; Qu'elle fait succéder dans ce cœur plus humain La douceur à la haine et l'estime au dédain, Et que, laissant agir une bonté cachée, A de si longs mépris elle s'est arrachée ?

RODELINDS.

Ce cœur dont tu te plains, de ta plainte est surpris : Comte, je n'eus pour toi jamais aucun mépris; Et ma haine elle-même auroit cru faire un crime De t'avoir dérobé ce qu'on te doit d'estime.

Quand je vois ta conduite en mes propres États Achever sur les cœurs l'ouvrage de ton bras, Avec ces mêmes cœurs qu'un si grand art te donne Je dis que la vartu règne dans ta personne; Avec eux je le loue, et je doute avec eux Si sous leur vrai monarque ils seroient plus heureux : Tant ces hautes vertus qui fondent ta puissance Réparent ce qui manque à l'heur de ta naissance! Mais, quoi qu'on en ait vu d'admirable et de grand. Ce que m'en dit Unulphe aujourd'hui me surprend.

Un vainqueur dans le trône, un conquérant qu'on aime, Faisant justice à tous, se la fait à soi-même ! Se croit usurpateur sur ce trône conquis 1 Et ce qu'il ôte au père, il veut le rendre au fils! Comte, c'est un effort à dissiper la gloire Des noms les plus fameux dont se pare l'histoire, Et que le grand Auguste ayant osé tenter. N'osa prendre du cœur jusqu'à l'exécuter. Je viens donc y répondre , et de toute mon âjne Te rendre pour mon fils....

GRIMOALD

Ah ! c'en est trop, madame; Ne vous abaissez point à des remercîmens : C'est moi qui vous dois tout; et si mes sentimens....

RODELINDE.

Souffre les miens, de grâce, et permets que je mette Cet effort merveilleux en sa gloire parfaite, Et que ma propre main tâche d'en arracher Tout ce mélange imour dont tu le veux tacher.

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