‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 274 sur 343 · ACTE m, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IV

îl faut pour être à toi qu'il m'en coûte la tète;

Puisqu'on m'a déco.ivert, elle dépend de toi;

Prends-la comme tyran, ou l'attaque en vrai roi.

J'en garde ho's du trône encor les caractères,

Et ton btas t'a saisi de celui de mes pères.

Je veux bien qu'il supplée au défaut de ton sang.

Pour mettre entre nous deux égalité de rang.

Si Rodelinde enfin tient ton âme charmée.

Pour voir qui la mérite il ne faut point d'armée.

Je suis roi, je suis seul, j'en suis maître, et tu peuï

Par un illustre effort faire place à tes vœux.

GRIMOALD

L'artifice grossier n'a rien qui m'épouvante. Éduige à fourher n'est pas assez savante; Quelque adresse qu'elle ait, elle t'a mal instruit, Et d'un si haut dessein elle a fat trop de bruit. Elle en fait avorter l'effet par la menace, Et ne te produit plus que de mauvaise grâce.

Quoi ! je passe à tes yeux pour un homme attitré?

GRIMOALD

Tu 1 avoueras toi-même ou de force ou de gré. 11 faut plus de secret alors qu'on veut surprendie; Et l'on ne surprend point quand on se fait attendre.

Parlez, parlez, madame; et faites voir à tous Que vous avez des yeux pour connoître un époux.

GRIMOALD

Tu veux qu'en ta faveur j'écoute ta complice! Eh bien! parlez, madame; achevez l'artifice. Est-ce là votre époux?

RODELINDE.

Toi qui veux en douter.

Par quelle illusion m'oses-tu consulter?

Si tu démens tes yeux, croiras-tu mon suffrage? Et ne peux-tu sans moi connoître son visage? Tu Tas vu tant de fois, au milieu des combats. Montrer, à tes périls, ce que pesoit son bras. Et, l'épée à la main, disputer en personne. Contre tout ton bonheur, sa vie et sa couronne!

Si tu cherches un aide à traiter d'imposteur Un roi qui t'a fermé la porle de mon cœur. Consulte Garihalde, il tremble à voir son maître: Qui l'osa bien trahir l'osera méconnoîlre} Et lu peux recevoir de son morie! efi'roi L'assurance qu'enfin tu n'attends pab de moi.

Un service si haut veut une âme plus basse; Et lu sais....

GBIMOALD.

Oui . je sais jusqu'où va votre audace. Sous l'espoir de jouir de ma perplexité. Vous cherchez à me voir l'esprit inquiété : Et ces discours en l'air que l'orgueil vous inspire Veulent persuader ce que vous n'osez dire, Brouiller la populace , et lui faire après vous En un fourbe impudent respecter votre époux. Poussez donc jusqu'au bout, devenez plus hardie; Dites-nous hautement....

RODF.LINDE.

Que veux-tu que je die?

Il ne peut être ici que ce que tu voudras; Tes flatteurs en croiront ce que tu résoudras. Je n'ai pas pour t'instruire assez de complaisance; Et . puisque son malheur l'a mis en ta puissance , Je sais ce que je dois, si tu ne me le rends. Achève de te mettre au rang des vrais tyrans.

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