‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 280 sur 343 · ACTE IV, SCÈNE n · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE n

Faisoit de ce reproche un secret désaveu : Mais tu lèves le masque, et m'ôtes de scrupule; Je ne puis plus garder ce respect ridicule: Et je vois clairement, le masque étant levé, Que jamais on n'a vu tyran plus achevé. Tu fais adroitement ie "doux et le sévère, Afin que la sœur t'aide à massacrer le frère : Tu fais plus, et tu veux qu'en trahissant son sort Lui-même il se condamne et se livre à la mort : Comme s'il pouvoit être amoureux de la vie Jusqu'à la racheter par une ignominie, Ou qu'un frivole espoir de te revoir à moi Me pût rendre perfide et lâche comme toi.

Aime-moi , si tu veux , déloyal ; mais n'espère Aucun secours de moi pour t'immoler mon frère. Si je te menaçois tantôt de son retour. Si j'en donnois l'alarme à ton nouvel amour, C'étoient discours en l'air inventés par ma flamme Pour brouiller ton esprit et celui de sa femme. J'avois peine à te perdre, et parlois au hasard Pour te perdre du moins quelques momens plus tard; Et, quand par ce retour il a su nous surprendre, Le ciel m'a plus rendu que je n'osois attendre.

Madame....

ÉDUIGE.

Tu perds temps; je n'écoute plus rien, Et j'attends ton arrêt pour résoudre le mien. Agis, si tu le veux, en vainqueur magnanime; Agis comme tyran , et prends cette victime : Je suivrai ton exemple, et sur tes actions Je réglerai ma haine ou mes affections. Il suffit à présent que je te désabuse , Pour payer ton amour ou pour punir ta ruse. Adieu

Page 1