‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 286 sur 343 · SCÈNE I. - ÉDUIGE, UNULPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - ÉDUIGE, UNULPHE

ÉDUIGE.

Quoi! Griraoald s'obstine à perdre ainsi mon frère 1 D'imposture et de fourbe il traite sa misère! Et, feignant de me rendre et son cœur et sa foi. Il n'a point d'yeux pour lui ni d'oreilles pour moi!

UNULPHE.

Madame, n'accusez que le duc qui l'obsède : Le mal, s'il en est cru, deviendra sans remède; Et si le roi suivoit s s conseils violens, Vous n'en verriez déjà que des effets sanglans.

ÉDUIGE.

Jadis pour Grimoald il quitta Pertharite ;

Et, s'il le laisse vivre, il craint ce qu'il mérite.

UNULPHE.

Ajoutez qu'il vous aime, et veut par tous moyens Rattacher ce vainqueur à ses derniers 1 e.s; Que Rodelinde à lui. par amour ou par force, Assure entre vous deux un éternel divorce; Et s'il peut une fois jusque-là l'irriter. Par force ou par amour il croit vous emporter. Mais vous n'avez, madame, aucun sujet de crainte; Ce héros est à vous sans réserve et sans feinte, Et....

ÉDUIGE.

S'il quitte sans feinte un objet si chéri, Sans doute au fond de l'âme il connoît son mari. Mais s'il le connoissoit, en dépit de ce traître, Qui pourroit l'empêclier de le faire paroîlre?

UNULPHE.

Sur le trône conquis il craint quelque attentat, Et ne le méconnoît que par raison d'État. C'est un aveuglement qu'il a cru nécessaire; Et comme Ganbalde animoit sa colère, De ses mauvais conseils sans cesse combattu, 11 donnoit lieu de craindre enfin pour sa vertu. Mais, madame, il n'est plus en état de le croire. Je n'ai pu voir longtemps ce péril pour sa gloire.

33i PERTHARITE.

Quelque fruit que le duc espère en recueillir, Je viens d'ôter au roi les moyens de faillir. Pertharite. en un mot. n'est plus en sa puissance, Mais ne présumez pas que j'aie eu l'imprudence De lais:er à sa fuite un libre et plein pouvoir De se montrer au peuple et d'o.-:er l'émouvoir. Pour fuir en sûreté je lui prête main-forte. Ou plutôt je lui donne une fidèle escorte, Qui, sous cette couleur de lui servir d'appui. Le met hors du royaume, et me répond de lui. J'empêche ainsi le duc d'achever son ouvrage, Et j'en donne à mon roi ma tête pour otage. Votre bonté, madame, en prendra quelque soin.

ÉDDJGE.

Oui, je serai pour toi criminelle au besoin:

Je prendrai , s'il le faut , sur moi toute la faute.

U>'ULPHE.

Ou je connois fort mal une vertu si haute, Ou s'il revient à soi, lui-même tout ravi M'avouera le premier que je l'ai bien servi.

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