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34 RODOGaNE.
Est-ce un frère , est-ce vous dont la témérité S'imagine....
ANTIOCIIUS.
Apaisez ce courage irrité, Princesse: aucun de nous ne seroit téméraire Jusqu'à s'imaginer qu'il eût l'heur de vous plaire: Je vois votre mérite et le peu que je vaux, Et ce rival si cher connoît mieux ses défauts. Mais si tantôt ce cœur parloit par votre bouche, Il veut que nous croyions qu'un peu d'amour le touche . Et qu'il daigne écouter quelques-uns de nos vœux, Puisqu'il tient à bonheur d'être à l'un de nous deux. Si c'est présomption de croire ce miracle , C'est une impielé de douter de l'oracle, Et mériter les maux où vous nous condamnez, Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez. Princesse, au nom des dieux, au nom de cette flamme...,
RODOGUNE
Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une âme;
Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité
Des termes obligeans de ma civilité.
Je l'ai dit, il est vrai; mais, quoi qu'il en'puisse être,
Méritez cet amour que vous voulez connoître.
Lorsque j'ai soupiré, ce n'étoit pas pour vous;
J'ai dopné ces soupirs aux mânes d'un époux;
Et ce sont les effets du souvenir fidèle
Que sa mort à toute heure en mon âme rappelle.
Princes , soyez ses fils , et prenez son parti.
ANTIOCHUS
Recevez donc son cœur en nous deux réparti;
Ce cœur qu'un saint amour rangea sous votre empire,
Ce cœur, pour qui le vôtre à tous momens soupire.
Ce cœur, en vous aimant indignement percé,
Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé;
Il le reprend en nous, il revit, il vous aime,
Et montre, en vous aimant, qu'il est encor le même.
Ah! princesse, en l'état où le sort nous a mis,
Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses fils?
RODOGUNE
Si c'est son cœur en vous qui revit et qui m'aime, Faites ce quïl feroit s'il vivoit en lui-même: A ce cœur qu'il vous laisse osez prêter un bras : Pouvez-vous le porter et ne l'écouter pas? S'il vous explique mal ce qu'il en doit attendre , Il emprunte ma voix pour se mieux faire entendra. Une seconde fois il vous le dit par moi : Prince , il faut le venger.